Stella 9

Stella décide de parler du comportement de Léa avec le directeur

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Stella termine son déjeuner très rapidement : elle décide de ne pas attendre plus longtemps et d’aller parler à Jean-Louis, le directeur du centre de loisirs. Il prend généralement ses repas de midi dans son bureau, au calme, avant de se remettre au travail. Elle frappe à sa porte. Jean-Louis crie un « Entrez ! » révélant, dans la prononciation du mot, qu’il doit avoir encore la bouche pleine. Stella ouvre la porte et entre en s’excusant de le déranger durant le déjeuner. Le directeur se dépêche d’avaler sa bouchée de pâté lorrain tout en lui faisant signe de s’asseoir. Il s’essuie la bouche, puis lui demande ce qui l’amène à cette heure : une réunion d’équipe est prévue ce soir-là, comme tous les mercredis des semaines de rentrée scolaire et il souhaite savoir si Stella a quelque chose à ajouter à l’ordre du jour ou si elle a un souci. Jean-Louis est un homme d’une cinquantaine d’années, débonnaire, d’un naturel curieux. La jeune femme et lui s’entendent très bien et il est généralement ouvert à ses propositions d’activités culturelles ou un peu atypiques. Confiante, l’animatrice raconte la première matinée de Léa, de problèmes rencontrés, puis de sa conversation avec la petite qui semble sincèrement désorientée par son propre comportement ; elle insiste également sur le fait que l’enfant se montre très inquiète de ce qui lui arrive et des conséquences de ses gestes brusques et grimaces qu’elle est incapable de maîtriser. Jean-Louis l’écoute très sérieusement (tout en terminant consciencieusement son petit pâté sans en laisser une miette). Il repousse ensuite son assiette puis explique à Stella que la nouvelle inscrite aux Bourdons s’est effectivement fait exclure de deux autres accueils de loisirs depuis le début de l’année. Après s’être renseigné auprès de ces structures, le motif invoqué fut toujours que la petite fille était « caractérielle, ingérable, violente et insolente. » Stella reste pantoise : manifestement, aucun animateur ou directeur n’a pris le temps de parler avec la petite. Elle est persuadée qu’ils auraient compris sa détresse et que ce comportement déconcertant est involontaire. Tout comme elle, Jean-Louis pense que la petite souffre d’un trouble d’ordre médical et qu’il faut se montrer tolérant et attentif envers elle mais aussi en parler avec toute l’équipe. Le directeur termine l’entretien en disant qu’il essayerait de contacter les parents de Léa dans l’après-midi.


Lors du déjeuner, Léa n’a pas pu avouer à son papa adoré qu’elle avait encore grimacé et jeté des choses. Il lui fait tellement confiance et l’encourage tant. Elle ne veut pas le décevoir ou lui faire encore de la peine en étant renvoyée. Elle ne lui raconte que les choses positives de la matinée, en effaçant de son récit tous ses mouvements incontrôlables et toutes les moqueries dont elle a été victime : l’atelier dessin, Lisa, la partie de Uno, et, surtout, Stella. La petite est totalement sous le charme de la jeune femme si gentille et à l’écoute. Elle ne parle presque que d’elle et dit à son père qu’elle se sent en sécurité auprès d’elle. En disant ces derniers mots, elle se mord la langue pour en dire plus car elle devine qu’il pressent qu’elle ne lui raconte pas tout et qu’elle a dû souffrir de quelques troubles. Comme souvent, son papa la laisse raconter à son rythme : il n’insiste presque jamais. De toute façon, elle est incapable de garder ce genre de choses pour elle très longtemps : soit que ses maîtres ou animateurs se plaignent d’elle, auquel cas, elle doit s’expliquer ; soit, tout simplement, parce que, depuis cette année surtout, elle sait que ses parents la croient et font tout pour l’aider (même l’emmener chez ce médecin qui l’effraye un peu avec toutes ses questions et ses tests avec des machines inquiétantes).


Elle traine un peu des pieds sur le chemin qui la mène de nouveau au Centre de loisirs des Bourdons. Son père la rassure et essaye de la faire sourire en lui racontant des blagues. Ses blagues sont toujours tellement nulles qu’elle ne peut s’empêcher de rire, et de le taquiner. Arrivée au centre, Léa est rassurée de voir Stella debout devant l’entrée. Elle compte les enfants qui entrent les uns derrière les autres pour voir si personne ne manque à l’appel, et invite Léa à la suivre en lui tendant la main. La petite fille embrasse son papa très très fort puis rejoint la jolie rousse en prenant sa main dans la sienne.


Léa est ravie : Stella a prévu une première partie d’après-midi « lecture de conte. » Toutes les chaises ont été installées en deux demi-cercles dans le coin bibliothèque face à un large pouf rouge très moelleux dans lequel s’enfonce Stella avec un livre à la main. Elle demande aux enfants de s’installer et d’être très attentifs car, le mercredi suivant, elle organise son atelier « Et si l’histoire se terminait autrement ? » à partir du récit dont elle s’apprête à faire la lecture. Il s’agit d’un conte qui s’intitule Jean de l’Ours. Léa ne le connaît pas, comme tous les autres enfants d’ailleurs, semble-t-il. Elle est donc ravie du programme de ce début d’après-midi ! De plus, Stella explique tout sur le conte qu’elle a choisi : qu’il existe plusieurs versions, qu’il était très connu dans toute France avant d’être oublié petit à petit depuis l’époque de leurs grands-parents, qui sont les personnages principaux.


Installée sur une chaise à l’arrière, Léa est absorbée par le récit. Stella mime certains personnages et « fait les voix. » La petite fille est suspendue à ses lèvres. Plus rien d’autre n’existe : elle oublie ses tics et la matinée difficile. Elle s’identifie un peu au pauvre héros moitié jeune homme - moitié ours qui ne connaît pas sa force et fait des bêtises, casse des choses ou blesse certains de ses amis par inadvertance. Il finit par être banni de son village et part à l’aventure. Léa pense que c’est un peu comme être bannie des centres aérés ou des écoles… Heureusement, sa famille à elle ne veut pas l’abandonner. Durant toute la lecture et toute la discussion collective qui suit, Léa se sent bien et aucun incident ne vient troubler ce bon moment.


Les choses se compliquent lorsque la seconde partie du programme débute. Il pleut et les activités d’extérieur sont annulées au profit des dessins à terminer, de l’atelier perles et de jeux de société. La moitié du groupe des adolescents qui devait passer la journée dehors va les rejoindre pour jouer aux cartes ou faire une partie de Cluedo, sous la surveillance d’Adrien, tandis que l’autre moitié rejoint le club théâtre pour essayer de faire de l’impro. Charles, moqueur, s’écrie qu’il ne faut surtout pas laisser la nouvelle jouer aux cartes ou tenir un crayon. Il se met à ricaner avec ses amis alors que les plus grands demandent des explications : l’hilarité de leur jeune camarade les intrigue. Si Léa est rassurée de ne pas devoir aller courir partout pour jouer à Chat perché ou au loupcar il s’est mis à pleuvoir, elle est à nouveau mortifiée d’être la cible de moqueries alors que les deux dernières heures se sont si bien déroulées. Alors que Léa s’assoit, tête baissée à la table de dessin, elle voit Stella jeter un regard noir à Charles qui se tait immédiatement. Léa entend ensuite la jeune femme expliquer à Charles et ses amis, ainsi qu’aux adolescents installés à la table des jeux de société, que, tout d’abord, la nouvelle a un nom et se prénomme Léa. Elle ajoute ensuite qu’elle leur demande expressément (le mot est appuyé par son regard noir) d’être gentils et tolérants envers elle car elle ne fait pas exprès de lancer des choses ou de faire des mimiques. Léa est un peu ennuyée que Stella évoque ses soucis avec ces garçons, mais cela la rassure tout à la fois. C’est la première fois, à part dans son école actuelle dans laquelle sa maîtresse est très compréhensive, qu’un adulte prend le temps de parler d’elle aux autres enfants sans la mettre à l’écart ou en la prenant comme contre-exemple à ne surtout pas suivre. Rassérénée malgré un peu d’inquiétude persistante, elle reprend la réalisation de sa lionne et décide de lui constituer une famille avec un mari lion et deux lionceaux. Elle écrit les prénoms de sa maman, Sophie, de son papa, Côme, de son frère, Raphaël, et le sien en légende sous chacun des fauves. Alors qu’elle colorie la crinière du lion, son bras se lève brusquement, elle lâche son feutre qui s’envole comme une fusée, cogne contre le plafond et tombe au milieu du tas de crayons de couleurs et autres tubes de peinture. Le tout s’éparpille alors et roule par terre. Léa aimerait à nouveau aller se cacher. Encore une catastrophe ! Et Charles, ainsi que d’autres enfants qui s’esclaffent !


Elle se lève pour commencer à ramasser un à un chacun des feutres et pinceaux. Contre toute attente, Lisa quitte sa place et vient l’aider avec un sourire encourageant. Elle est heureuse de retrouver la présence rassurante de la jeune fille qui lui assure qu’elle ne lui en veut pas et que Stella lui a un peu expliqué ses problèmes. Léa et Lisa sont rejointes par Stella, Chloé, Anna et Emma (les joaillères) : le ramassage est vite terminé. La petite fille se sent intégrée ainsi aidée sans être gourmandée, voire punie. Avant de retourner à ses bracelets, Anna la pousse du coude avec complicité et lui demande : « Bon, les crayons, ça passe… Mais tu ne nous feras pas ça avec les perles, hein ? Sinon, on en aura pour des années avant de tout récupérer !! » Léa sourit, un peu interdite : Anna a dit cela sans méchanceté, juste pour plaisanter. Raphaël fait cela tout le temps aussi à la maison et, même si parfois, cela l’énerve, souvent c’est plutôt amusant. Rire de tout cela permet de « dédramatiser » comme disent ses parents. En se rasseyant à sa table de dessin, elle se dit qu’elle va avoir beaucoup de choses à raconter – et cette fois, sans rien omettre – à sa famille durant le dîner !


Tous les enfants et adolescents rentrés chez eux, Stella rejoint Jean-Louis et les autres animateurs dans la petite salle de réunion. L’ordre du jour se compose du débriefing des inscriptions aux activités proposées durant les vacances, aux retours des enfants et des parents, à la reprise des activités normales de l’année scolaire, et… à Léa. Jean-Louis explique que, depuis ce mercredi, une petite fille de 8 ans, Léa, a rejoint le groupe dont Stella a la charge, et que cette petite montre ce qui a été pris pour un comportement capricieux, voire violent, par deux équipes de centres d’activités extrascolaires. Il explique que Léa fut donc exclue. Ensuite, il invite Stella à raconter le déroulement de la matinée et à faire le résumé de sa conversation avec la petite fille. Adrien hausse les épaules en disant qu’il doit s’agir d’un cas « difficile » en ajoutant qu’il ne faut pas se faire avoir et que Stella a tendance à être trop gentille. Celle-ci le fusille du regard. Jean-Louis reprend la parole : « Eh bien, Adrien, détrompe-toi ! J’ai pu avoir la mère de la petite au téléphone tout à l’heure : Léa est en cours de diagnostic Syndrome Gilles de la Tourette (appelé à présent SGT… toujours ces fichus acronymes). On pense toujours que cette maladie fait dire des obscénités et des grossièretés mais ce n’est pas que cela, notamment chez les plus jeunes. Ceci est à prendre TRES au sérieux ! Je compte sur vous ! Il s’agit d’une affection neurologique : Léa ne peut PAS s’empêcher de faire des grimaces et ses mouvements incompréhensibles. Donc, pas de punition, pas de réprimandes, pas de gronderies ! Quand il s’agit de cela bien sûr : si l’enfant fait de vraies bêtises, cette pathologie n’excuse pas tout. Mais cette petite me semble être plutôt d’un naturel réservé et sage. Stella a eu exactement le bon réflexe en prenant le temps de parler avec elle à l’écart des autres, de l’écouter et de lui poser des questions. Elle a également très bien fait de commencer à avertir les autres enfants de son groupe mais, je pense qu’il faudra informer tous les enfants et adolescents du centre au début de la matinée de mercredi prochain. Il faudra également faire attention à ce que Léa ne soit pas la cible de moqueries ou d’imitations de ses tics par les petits trublions que nous connaissons. Quoiqu’il en soit, si vous avez des questions, venez me voir. Les parents sont très reconnaissants de l’attitude de Stella et du fait que nous allons accueillir Léa ici comme n’importe quel autre enfant. Sa mère m’a informé que plusieurs directeurs et directrices avaient refusé d’inscrire leur fille à cause de sa pathologie : pas de cela chez nous ! Les discriminations n’ont pas leur place dans mon centre de loisirs. »

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scénario

Baptiste, Émile, Maël, Alix, Jawed, Élisa, Rose, Iléana

avec le soutien de

l’équipe pédagogique de la MJC Bazin Alice DEGROEVE, et Stéphanie MONTIFRET.

mise en texte

Apolline Marie HUIN

illustrations

Hugo DEGENEVE