Stella 15

Stella demande de l’aide au directeur au sujet du comportement singulier de Léa.

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Stella se sent littéralement démunie face à la détresse de Léa, tandis que les autres enfants deviennent ingérables. Elle doit crier pour se faire entendre et rétablir un semblant d’ordre. Cette journée devient un calvaire ! Elle se sent dépassée tant par les troubles manifestes de l’enfant -troubles dont elle ne sait rien car personne ne l’en a avertie- que par le comportement des autres enfants qui se montrent cruels, et profitent de l’agitation pour faire le bazar. Une migraine commence à pulser entre ses tempes. Il lui faut un peu de calme pour réfléchir à la marche à suivre. A présent que chacun a repris ses jeux et ses verbiages, elle peut partir à la recherche de Léa. Cependant, étant donné l’ambiance houleuse de la salle d’activités, Stella n’imagine pas forcer Léa à revenir avec elle. Elle décide de demander conseil à son directeur : Jean-Louis est bienveillant et saura peut-être quelque chose au sujet du parcours de la petite fille ou pourra se renseigner auprès des parents.


Après avoir trouvé un cachet pour son mal de tête dans l’un des tiroirs de l’accueil, elle demandé à Nathalie si elle pourrait veiller un moment sur la nouvelle petite fille inscrite dans le centre car les choses se déroulent difficilement avec le reste du groupe. Elle lui explique dans les grandes lignes les soucis de la petite mais lui assure qu’elle est très sage et que si on lui apporte un livre ou de quoi dessiner, elle ne posera aucun problème. Très maternelle avec tout le monde dans le centre, enfants comme employés, Nathalie accepte avec plaisir. Stella est rassurée d’avoir pu trouver une solution de repli pour la petite fille pour les deux heures qui restent avant qu’elle puisse retrouver ses parents. Aussi peut-elle partir à la recherche de l’enfant.


Instinctivement, elle se dirige vers les toilettes des filles : quelle jeune fille n’est jamais allée se réfugier dans les toilettes de son lieu d’enseignement ou de loisirs pour éponger quelques larmes ? Elle appelle Léa d’une voix qu’elle veut rassurante et frappe à la porte de la seule cabine verrouillée. A l’intérieur, elle entend des sanglots retenus et des reniflements caractéristiques d’un gros chagrin. « Léa ? S’il te plaît, ouvre. Tu ne peux pas rester ici toute seule à pleurer… Viens avec moi. Je te promets que nous ne retournerons pas dans la salle d’activités avec les autres. Nathalie, à l’accueil, est d’accord pour que tu restes avec elle jusqu’à la fin de la journée. Si tu veux, je t’apporterai le livre que tu étais en train de lire ou du papier et des crayons pour dessiner. D’accord ? » Elle entend la petite se moucher encore une fois puis ouvrir le loquet. « Viens-là… Cesse de pleurer, ça va aller. On va trouver une solution. Tu as un problème, n’est-ce pas ? Tu ne contrôles pas tes grands gestes, c’est bien cela ? Je t’ai bien regardée ce matin, tu sais, et j’ai remarqué ton visage, tes épaules, les livres renversés… Je voudrais t’aider, crois-moi. » La petite fille se blottit contre elle et lui explique qu’on ne connaît pas encore le nom de sa maladie mais qu’elle fait ce genre de choses depuis qu’elle a 6 ans et demi. Elle lui confie qu’elle se sent rejetée par les autres enfants et la plupart des adultes, que ce soit à l’école ou dans les accueils de loisirs. L'accablement de la petite fille brise le cœur de Stella qui se refuse à abandonner l’idée de parvenir à l’intégrer dans son groupe. Mais elle a besoin d’aide, d’en savoir plus… Après avoir conduit Léa auprès de Nathalie, elle lui apporte le livre sur le monde Faery ; la petite incursion dans le coin bibliothèque lui permet par ailleurs de rappeler rapidement à l’ordre sa petite troupe qui, étant sans surveillance, recommence à chahuter et se chamailler. Enfin, elle se dirige d’un bon pas vers le bureau de Jean-Louis.


Jean-Louis est directeur de centres de loisirs depuis plus de vingt-cinq ans à présent. Il a vu beaucoup d’enfants différents durant toutes ces années : des handicapés moteurs alors que les normes d’accès aux structures n’étaient pas encore systématiquement mises en place, une adolescente aveugle, trois enfants sourds, un enfant autiste cinq ans auparavant accompagné d’une auxiliaire de vie de la MDPH… Mais il n’a jamais été confronté à ce que Stella vient de lui décrire. La jeune animatrice est très attentive aux enfants dont elle a la charge et il lui accorde toute sa confiance : si elle pense avoir décelé un problème chez une enfant et que l’enfant lui confie que ses parents la font voir par beaucoup de médecins depuis presque 2 ans, c’est que la petite souffre de quelque chose. Il faut pouvoir adapter les mesures du centre afin de pouvoir l’accueillir : il a toujours mis un point d’honneur à lutter contre les discriminations quelles qu’elles soient et à tout faire pour accueillir tous les enfants et adolescents inscrits dans son établissement. Il cherche les coordonnées des parents de Léa dans son dossier. D’après Stella, c’est le père de la petite qui l’a conduite le matin et est venu la chercher pour la pause de midi : il commence donc par essayer son numéro de téléphone portable fourni, mais il tombe sur la messagerie. Le numéro de la mère est également inscrit sur la fiche : il le compose. Après seulement deux sonneries, la mère de Léa, Clémence, décroche et répond d’une voix paniquée : « C’est bien le centre de loisirs ? Léa va bien ? Il s’est passé quelque chose ??? »


Le directeur des Bourdons rassure immédiatement la maman affolée. Elle lui dit avoir demandé, lors de l’inscription de sa fille, tous les numéros susceptibles d’appeler en cas de souci, aussi bien celui de l’accueil que celui de la direction. Jean-Louis raconte alors à Clémence les incidents de la journée tels qu’ils lui ont été rapportés par Stella. « Permettez-moi de vous demander si votre fille souffre d’une pathologie ? Et, si oui, laquelle ? Je suis navré de vous demander cela de manière si abrupte mais nous souhaitons accueillir Léa dans les meilleures conditions… Oh… Non, non, rassurez-vous, il ne s’agit pas d’exclure Léa ! Bien au contraire, nous voulons vraiment lui faire bénéficier de toutes les activités qui lui plaisent et l’intégrer au mieux. » Le soulagement de Clémence est palpable. La maman de Léa explique alors à Jean-Louis qu’elle et son époux avaient choisi de ne rien dire lors de l’inscription de leur fille car celle-ci a déjà été renvoyée de deux centres depuis le mois de septembre et refusée dans d’autres structures quand ils ont indiqué ses troubles. Elle ajoute, la gorge serrée, que le diagnostic n’est pas encore totalement certain mais qu’il y a une sérieuse suspicion de syndrome Gilles de la Tourette. Jean-Louis comprend mieux les évènements de la journée. Tout s’explique : les grimaces, les mouvements saccadés des épaules, des bras… Il se dit sincèrement désolé et demande ce que Clémence recommande pour qu’il en informe son équipe.


Par ailleurs, il pense qu’il serait judicieux de prévenir les autres enfants, pour les sensibiliser et les amener à comprendre Léa. Il assure que toute l’équipe d’animateurs et lui-même veilleront à ce que tout se déroule le mieux possible pour la petite fille et qu’elle ne subisse pas de moqueries. Clémence, reconnaissante de son appel, le remercie très chaleureusement et lui donne son accord pour parler de l’affection neurologique de sa fille. Dès que le diagnostic sera posé définitivement, elle pourra faire une demande à la MDPH afin de peut-être obtenir un auxiliaire de vie pour accompagner sa fille si les symptômes devaient s’aggraver.


Après avoir raccroché, Jean-Louis se prépare à aller avertir Stella que son intuition était juste concernant la petite Léa. « Cette jeune animatrice est décidément particulièrement attentive aux enfants dont elle a la charge, et fait preuve d’une bonne perspicacité précieuse. Il lui confiera Léa, le temps d’aller ensuite exposer la situation de Léa aux enfants, les informer brièvement de ce qu’elle vit et leur rappeler les règles de base de la tolérance que tout le monde se doit de respecter. Arrivé à la porte de la salle d’activités de Stella, il entre pour demander à cette dernière de le rejoindre quelques minutes dans le couloir. A l’abri des oreilles enfantines indiscrètes, il avise donc Stella de ce dont souffre très certainement Léa et lui demande d’aller la retrouver afin de lui expliquer que sa maman lui a donné le conseil d’informer ses camarades. Il se doute que la petite sera un peu angoissée et pense que la présence perspicace et chaleureuse de la jeune femme saura la rassurer. Une fois avec le groupe de camarades de Léa, il voit sur leurs visages qu’ils ont compris qu’une chose importante était arrivée : quand le directeur en personne interrompt les jeux pour faire une annonce, évènement très rare, c’est souvent que l’un d’eux a fait une grosse bêtise ou, comme la dernière fois, pour annoncer la fermeture du centre de loisirs à cause de l’épidémie de COVID. De sa voix grave et forte, il les éclaire au sujet de leur nouvelle camarade et de sa pathologie en insistant sur le fait qu’il faut être tolérant, patient et surtout ne pas se moquer car elle souffre beaucoup de ses mouvements et mimiques incontrôlables. Il assure que s’il entend que l’un d’entre eux s’est montré malveillant avec Léa et la harcèle, il prendra les mesures qui s’imposent… mais qu’il est bien évidemment certain que tout le monde sera très gentil avec la fillette. Il constate que plusieurs petites filles parlent déjà d’inviter Léa à participer à leurs jeux ou ateliers créatifs la semaine suivante, que la petite Ada sourit avant de se replonger dans son livre et que les plus turbulents du groupe font profil bas : le message semble passé. Il espère sincèrement que Léa pourra ainsi trouver sa place et des amis aux Bourdons.

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scénario

Baptiste, Émile, Maël, Alix, Jawed, Élisa, Rose, Iléana

avec le soutien de

l’équipe pédagogique de la MJC Bazin Alice DEGROEVE, et Stéphanie MONTIFRET.

mise en texte

Apolline Marie HUIN

illustrations

Hugo DEGENEVE