Stella 10

Stella décide de parler aux parents de Léa.

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Stella ne s’attendait pas à une journée aussi difficile. Elle n’a jamais eu à faire à une enfant aussi difficile que Léa ! « Enfin… Elle est plus difficile à comprendre que simplement difficile. Quelque chose m’échappe… Il faut que j’aborde le problème avec le père de la petite, parce que je suis perdue. Et je crains fort de ne pas avoir trouvé la manière de communiquer avec elle : elle se ferme comme une huître dès que je lui parle. Peut-être ai-je été trop dure avec elle ? Mais il faut bien mettre des limites… Lisa aurait pu être blessée tout de même. » A 18h30, Stella accompagne les enfants vers les vestiaires dans lesquels ils s’emmitouflent dans leurs manteaux et leurs écharpes avant d’aller rejoindre leurs parents devant le bâtiment. Elle demande à Léa de l’attendre en lui disant qu’elle souhaite parler à son père. La petite se remet à bouder, tête baissée, et à renifler en recommençant à pleurer. Décidément, Stella ne sait pas comment faire avec cette enfant. Même si ses mouvements d’humeur peuvent être expliqués en partie par l’appréhension d’un premier jour dans un environnement inconnu, les grimaces à l’adresse des moniteurs et les pleurnicheries au moindre mot sont pour le moins incongrues et très agaçantes.


Enfin, Côme, le papa de Léa, arrive : elle le voit arriver à travers la porte vitrée de l’entrée du centre. Elle ouvre et lui fait signe de s’approcher : elle lui demande de bien vouloir entrer. Elle le conduit dans la salle d’activité dans laquelle attend la petite fille. Lorsque la petite voit entrer son père, son visage s’empreint d’un air totalement affolé, remarque-t-elle avec désarroi. Devant la panique de la petite, Stella se dit que, finalement, il n’est pas opportun de la faire assister à l’entretien qu’elle a souhaité avoir avec son père. Elle demande donc à Léa si elle peut attendre quelques minutes près de Nathalie en essayant de prendre un ton rassurant mais ferme. Avec un soupir, elle fait ensuite signe à Côme de s’asseoir et se lance : « Monsieur, j’ai le regret de vous dire que la journée fut assez compliquée tant pour votre fille, que pour les autres enfants et pour moi-même, je dois l’avouer. Plusieurs fois dans la journée, elle s’est mise à lancer des crayons, ses cartes à jouer. Elle a même manqué de peu de donner un coup à sa voisine durant cette partie de cartes. Je ne comprends pas du tout ce qui a bien pu l’énerver ainsi. Elle est ensuite partie en courant se cacher dans les toilettes desquelles j’ai eu toutes les peines du monde à la faire sortir. Mis à part jurer qu’elle n’a rien fait exprès, il m’est impossible de dialoguer avec elle. J’avoue être inquiète et n’y rien comprendre : elle semble introvertie et très sage, la minute suivante elle semble être devenue violente et insolente. Je voulais absolument vous faire part de tout cela car, si son premier jour s’est déroulé ainsi, j’ai très peur pour la suite. Plusieurs enfants ont déjà affirmé ne plus vouloir jouer ou même dessiner près d’elle… Je préfère donc vous en parler dès à présent car il faut trouver une solution rapidement avant que la situation ne s’envenime entre elle et les autres notamment. »


Le père de Léa serre les poings, respire profondément pour tenter de se calmer avant de répondre à cette jeune femme qui est en train de lui dire que sa fille a passé la journée à pleurer. Il se retient de hurler. D’un ton qu’il souhaite ferme mais vibrant de courroux, il répond à Stella : « Mademoiselle, vous me dites que vous avez fait pleurer ma fille plusieurs fois ? Et vous me dites qu’elle est capricieuse et ingérable ? Vous ne vous êtes pas demandé si elle pouvait avoir un problème de santé, par exemple ? Vous avez systématiquement remis sa parole en doute d’après ce que je comprends ! C’est vraiment toujours la même chose ! Mais dans quel monde vit-on, bon sang ?! Effectivement, Léa est différente et nous écumons les cabinets de médecins en tout genre pour enfin établir un diagnostic. Tant qu’il n’est pas posé, nous ne pouvons demander aucune aide, ni à la MDPH, ni dans les écoles, ni dans les centres aérés pour l’accompagner. Si on avertit les directions de centres de loisirs que notre fille souffre sans doute d’une pathologie neurologique, comme par hasard, il n’y a plus de place et on la met sur liste d’attente. » Sa voix se brise : « On ne sait plus quoi faire… Elle s’est déjà fait renvoyer de deux centres aérés depuis septembre… Il faut bien qu’elle soit en contact avec d’autres enfants, et ni sa mère, ni moi ne pouvons la prendre avec nous au travail… Vous ne savez pas ce que c’est de voir votre enfant souffrir comme cela. Elle n’a pas d’amis, les adultes ne prennent pas la peine de l’écouter. Et, depuis plus d’un an, ce sont des rendez-vous médicaux, des tests, des IRM… »


La compassion de l’animatrice, au fil de son discours, est palpable. Il constate qu’elle ne sait quoi dire. Elle se penche vers lui et lui touche le bras en lui murmurant qu’elle lui demande pardon. « Ce n’est pas à moi, Mademoiselle, que vous devez des excuses. C’est à Léa ! A présent, je pense que nous sommes tous très fatigués de notre journée, je vais donc vous laisser. » Il se lève et se retourne pour aller chercher sa fille. La fatigue s’abat sur lui avec une force incommensurable mais il fait bonne figure devant sa fille et lui ouvre les bras pour qu’elle y coure depuis le bout du couloir. Le visage de sa Léa s’éclaire en le voyant et elle se précipite vers lui pour fourrer son petit visage dans son cou. L’inquiétude se lit tout de même dans les yeux de sa petite, il la décèle facilement. Dans son dos, il sent la présence de Stella. Cette demoiselle l’a mis vraiment en colère… Il est conscient qu’elle ne pouvait pas savoir mais il aimerait tant qu’au moins une fois dans la vie de la petite fille quelqu’un lui témoigne de la confiance et de l’intérêt sans la juger à l’emporte-pièce. Il prend Léa par la main et l’emmène vers la sortie.


Stella s’en veut terriblement. Elle se doutait pourtant que quelque chose ne cadrait pas ! Elle se morigène en se disant qu’elle aurait dû être plus patiente et plus douce… Mais pourquoi n’avait-elle pas suivi son instinct ?! Elle ne peut pas finir cette journée sur cette note tragique. Avant que Léa et son père ne passent la porte pour sortir du centre, elle les rattrape en courant dans le couloir et les appelant. Elle voit le petit visage sérieux encadré de cheveux coupés au carré qui se tourne vers elle alors que celui du père reste tourné vers la sortie. « Léa ! Attends, s’il te plaît ! Pardonne-moi, ma puce… J’aurais dû te croire. Je suis désolée de t’avoir grondée alors que tu disais la vérité. Ton papa vient de m’expliquer un tas de choses sur toi et ce qui t’arrive. Je suis si désolée. Acceptes-tu que, la semaine prochaine, nous essayions de repartir à zéro toutes les deux ? » Elle voit le petit nez se froncer un peu puis un sourire timide fleurir sur le visage de l’enfant qui lui fait un « oui » de la tête avant de quitter l’espace d’accueil. Stella reste un moment à réfléchir dans sa salle d’activités à la manière dont elle gèrera la situation auprès des autres enfants de qui il faudra sans doute protéger Léa parfois. Elle pense à Charles et Théo notamment qui ont déjà eu tendance à se montrer cruels avec elle. Il faudra qu’elle prenne son courage à deux mains et demande un nouvel entretien avec le père ou la mère de sa nouvelle protégée afin, non plus de se plaindre de leur fille, mais d’obtenir des conseils pour qu’elle puisse s’intégrer le mieux possible. Elle regrette de n’avoir pas été avertie avant l’arrivée de Léa, les choses auraient été bien différentes pour ce premier jour aux Bourdons

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scénario

Baptiste, Émile, Maël, Alix, Jawed, Élisa, Rose, Iléana

avec le soutien de

l’équipe pédagogique de la MJC Bazin Alice DEGROEVE, et Stéphanie MONTIFRET.

mise en texte

Apolline Marie HUIN

illustrations

Hugo DEGENEVE