Stella 6

Stella intègre Léa dans les jeux tout en avertissant les autres enfants qu’elle est sujette à des mouvements involontaires.

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En mettant son manteau puis en enroulant sa très longue écharpe autour de son petit cou, Léa fait le bilan de sa première matinée : si l’on met de côté le funeste épisode du feutre volant, elle a passé, contre toute attente, un moment plutôt agréable. Elle est très heureuse que la salle d’activités possède une « bibliothèque pour tous, » et contente que Stella l’ait laissée s’y installer loin de l’agitation et de la vue de ses camarades. A la maison, durant la pause du déjeuner, tout en se régalant de délicieux spaghetti à la carbonara préparés par son papa chéri, attablé face à elle, elle se lance dans le récit de la matinée. Si elle avoue à son père qu’elle a malencontreusement projeté un feutre jaune dans le dos de Chloé, elle ne parle pas des troubles qui lui sont arrivés dans le coin lecture : si personne ne les a remarqués (sauf Ada qui ne souffle jamais mot), autant que cela soit passé sous silence. En effet, elle sait qu’elle va inquiéter son père si elle raconte qu’elle a fait de drôles de bruits pendant ses grimaces. Or, elle déteste le voir préoccupé, surtout si c’est à cause d’elle. Elle cause tellement de soucis à ses parents à cause de ses crises... Elle n’avait jamais fait de drôles de bruits avant aujourd’hui. Peut-être que ce n’était rien après tout ? Elle tente de repousser l’inquiétude liée à cet élément préoccupant pour se concentrer sur son délicieux déjeuner et son rapport détaillé de la matinée. Entre bavardages et victuailles, le temps file, et il est déjà l’heure de repartir vers le centre de loisirs. Malgré sa matinée plutôt plaisante, Léa préfèrerait amplement rester avec son papa : aller avec lui, à son bureau, pour lui faire des dessins, par exemple ; elle ne dérangerait personne. Malheureusement, elle sait que ni ses supplications, ni son regard de chaton abandonné ne feront plier son père : il ne peut pas l’emmener dans son cabinet d’architectes, il faut qu’elle retourne au centre.


Léa et son papa sont accueillis par Stella, souriante, qui compte les enfants et adolescents au fur et à mesure de leur entrée plus ou moins fracassante ou boudeuse. Léa passe la porte de l’accueil après des au-revoir presque déchirants à son papa qu’elle aime tant. Encore un peu timide, elle enlève son manteau et son écharpe en se rapprochant de Lisa, qui l’aide à trouver une place pour ses vêtements dans le vestiaire. Alors que Léa s’apprête à sortir de la petite pièce remplie de manteaux et bonnets, Stella la retient pour lui demander si elle veut bien discuter avec elle quelques instants. Léa se montre d’abord méfiante : généralement, un animateur ou une maîtresse, qui lui demande une conversation à l’écart, s’apprête à la gronder. Elle se dit que la jeune femme a dû remarquer que, pendant qu’elle lisait, elle avait plusieurs fois fait de grands gestes incohérents aves ses bras, ce qui avait eu pour effet de renverser des piles de livres. Toutefois, Léa ressent de la bienveillance émaner de son animatrice : celle-ci sourit, s’assoit près d’elle sur le banc après s’être assurée que les autres enfants étaient bien rassemblés dans la salle d’activités, et elle s’exprime d’une voix douce. « Léa, je voulais te parler de quelque chose mais je ne veux pas te brusquer… Surtout, dis-moi si je te gêne, et si tu préfères ne pas en parler, mais je pense que c’est important. J’ai remarqué que, parfois, ton visage se contracte comme si tu faisais des grimaces ; j’ai aussi remarqué tes mouvements d’épaules et tes grands gestes. Tu sais, avec mon travail, il faut avoir les yeux partout et je t’ai observée de loin pendant que tu lisais. » Léa craint un froncement de sourcils désapprobateur à l’évocation de ses crises de gesticulations mais Stella sourit toujours avec aménité et continue : « Je pense que, comme pour l’histoire du feutre infernal de ce matin, tu ne fais pas exprès du tout, que tu ne peux pas contrôler tes muscles… Est-ce que je me trompe ? » Léa secoue la tête négativement, les yeux baissés, et répond d’une petite voix : « Non… Je ne fais pas exprès mais personne ne me croit. Sauf mon papa, ma maman et mon frère. Et un docteur qui me fait passer plein de tests. Il me croit mais, lui, il me fait un peu peur. Mais papa et maman disent qu’il faut aller le voir car c’est pour mon bien, afin que j’aille mieux. Vous me croyez aussi, vous ? C’est vrai ? » La jeune femme, qui ressemble décidément vraiment à une fée (elle en a eu la preuve, ce matin, dans le livre qu’elle a lu sur les conseils d’Ada), lui pose alors une question inattendue : « Léa, puis-je en parler aux autres enfants ? Je pense préférable d’avertir le groupe afin que les autres ne soient ni moqueurs, ni agacés, ni surpris. J’aimerais que tu me fasses confiance. Et si jamais tu as une… crise ? je ne sais pas comment on nomme ce qui t’arrive, je suis désolée si je m’exprime mal… Si jamais cela se reproduit, je serai là au cas où tu te ferais chahuter et, crois-moi, si cela arrive, ça ne durera pas longtemps ! Es-tu d’accord pour que l’on retourne toutes les deux dans la salle et que je prévienne le groupe ? » Léa est intimidée, mais elle se sent épaulée par cette radieuse animatrice. Cela est suffisamment rare pour qu’elle ait déjà hâte de rapporter cet échange à ses parents et à Raphaël, son grand frère. Après avoir donné son assentiment, Léa suit Stella dans la salle dans laquelle le groupe des joaillères s’est déjà remis au travail tandis que d’autres ouvrent les trousses de crayons ou les boîtes de jeux.


Stella impose le silence en disant qu’elle a une annonce à faire avant que les activités ne reprennent : « Asseyez-vous et écoutez-moi attentivement car c’est extrêmement important. Vous avez fait la connaissance de Léa, ce matin. Être nouvelle arrivante dans un groupe, ou une classe, déjà constitué est difficile ; certains d’entre vous le savent d’expérience. Mais c’est encore plus difficile quand on a des problèmes de santé rares, voire étranges. C’est le cas de Léa. Lorsqu’elle a lancé le feutre ce matin, ce n’était PAS sa faute. Peut-être que vous la verrez faire des mimiques ou qu’elle lancera à nouveau les objets qu’elle a dans les mains : ce ne sera PAS sa faute. Ses muscles bougent parfois sans qu’elle le veuille. » Elle regarde Léa, puis ajoute avec un clin d’œil complice : « Sauf si elle veut engager un concours de grimaces volontairement… Là, c’est une autre histoire ! Et je sais que vous êtes tous excellents dans cette discipline ! » Stella veut dédramatiser un peu son discours : elle ne veut pas que Léa ait l’impression d’être décrite comme une petite fille essentiellement malade ; elle souhaite la remettre dans la peau d’une petite fille de 8 ans tout simplement. Après une petite pause destinée à regarder chaque visage en s’arrêtant sur les plus indisciplinés et railleurs, Stella reprend : « Je vous demande donc d’être patients, indulgents et bienveillants avec votre nouvelle camarade. Cela signifie : PAS de moqueries, ni de réflexions vexantes ! N’est-ce pas, Charles ? Oui, toi… Ca vaut pour Théo aussi d’ailleurs… Cela vaut pour tout le monde… Bon, à présent, que cela est réglé… » Elle tambourine sur la table avec le plat de ses mains : « Que les jeux commencent !!! Et que les meilleurs gagnent !!! »


Stella constate que les réactions à son discours sont plutôt positives : plusieurs enfants, qui s’étaient montrés distants avec Léa durant la matinée, lui sourient ; sans surprise, elle entend Lisa lui demander si elle veut faire une partie de Doodle avec elle et quelques autres. Comme Léa connaît les règles et qu’elle est plutôt bonne à ce jeu, elle accepte, mise en confiance par « la grande » du groupe. Stella la félicite de se joindre à cette table de jeux de cartes d’un ton encourageant. Plus le temps passe, plus elle constate que la petite fille bavarde avec ses voisines et voisins de table. Heureusement qu’elle a pris la décision d’aller voir cette enfant au comportement atypique pour lui parler de ce qu’elle avait remarqué ! Elle éprouve beaucoup d’empathie envers cette petite fille qui doit tellement souffrir de ces mouvements désordonnés et soudains. En la voyant rire et jouer avec Lisa, Esther, Romain et Léanne, elle éprouve un grand soulagement. Cette petite lionne la touche énormément et elle se promet de veiller sur elle du mieux possible.


A plusieurs reprises durant le jeu, Léa fronce le nez en fermant les yeux. Stella, toujours attentive, est heureuse de voir que ses protégés tiennent compte de ses recommandations : bien sûr, ils sont d’abord surpris, mais font ensuite comme si de rien n’était. En revanche, lorsque Léa se met à secouer ses épaules avant de lancer son bras en l’air en reniflant et geignant très curieusement, les réactions d’étonnement sont plus ostentatoires. Certains interrompent leurs jeux et verbiages pour la fixer ; d’autres se détournent et s’éloignent même un peu (« comme si cela était contagieux… » pense Stella avec indignation) ; et, bien sûr, qui entend-elle ricaner ? « Charles ! Qu’est-ce que j’ai dit ? » s’écrit l’animatrice en se tournant vers lui, les yeux noirs de réprobation. Le garnement se tait aussitôt et prend un air repentant relativement peu convaincant. Stella, occupée à surveiller la bonne conduite de Charles et Théo, assiste à une projection magistrale de cartes à jouer que Léa projette – involontairement - telle une gerbe de confettis géants qui retombent sur ses camarades, la table ou le sol. Puis la crise prend fin. Lisa et Esther se lèvent promptement pour glaner les cartes éparpillées. C’est alors que Stella voit Léa se lever à son tour, remercier ses camarades de l’aider en ajoutant que, si elle n’a pas fait exprès de les jeter, elle estime qu’elle se doit de les ramasser et de s’excuser. L’animatrice prend la mesure du courage de la petite fille : grâce au naturel et à l’assurance dont elle vient de faire de preuve, tous les enfants reprennent leurs conversations et leurs occupations, comme si leur nouvelle camarade n’avait rien de surprenant et de différent. Comme l’animatrice est soulagée de voir la petite jouer, participer aux discussions et à s’intégrer finalement bien plus facilement qu’elle ne le craignait ! Patrouillant dans la salle en veillant sur sa petite troupe, Stella pense à part elle qu’il lui faudra tout de même parler aux parents pour savoir quoi faire au cas où Léa prenne un traitement ou se sente vraiment mal.

Choix 1

Stella rassure le papa de Léa sur cette première journée et valorise la petite fille

Choix 2

Stella prévient le père de Léa qu’elle a remarqué que la petite fille souffrait sans doute d’une pathologie