Moussa 9

Moussa discute posément avec quelques joueurs.

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Remis de sa crise de rage, Moussa ne peut que constater le désastre de la situation. Il veut revenir vers Thibault pour s’excuser, mais, d’un même geste, David et Mouloud le retiennent, craignant qu’il ne veuille encore s’en prendre physiquement au capitaine de l’équipe. Moussa leur assure qu’il est calmé et qu’il veut juste s’excuser. Il ajoute qu’il ne sait pas ce qui lui a pris et qu’il est désolé de les avoir tous insultés en les traitant de vendus et de racistes. Honteux, il s’assoit sur un banc, et, la tête entre les mains, commence à pleurer et à trembler tant l’émotion et le contrecoup de l’altercation sont violents. Thibault, sous la douche, est informé par Mouloud que Moussa, apaisé, souhaite lui présenter ses excuses, et est désolé de s’être emporté comme cela. Le capitaine lui fait transmettre comme réponse qu’il ne veut plus le voir ce soir et que ce n’était pas « s’être emporté » mais « agresser ». Peu de ses coéquipiers osent adresser la parole à Moussa, choqués par la scène à laquelle ils viennent d’assister. Ce dernier finit par se retrouver seul, alors que les joueurs vont prendre leur douche ou se rhabillent.


Il sort des vestiaires et quitte le stade, la tête basse, désemparé : non seulement, il a été la cible d’actes racistes écœurants, mais, en plus, il a reporté sa rage sur son capitaine, un jeune homme qu’il connaît depuis 6 ans ! Dehors, les supporters des deux camps rejoignent leurs voitures, navettes ou bus tout en discutant et commentant le match. Il entend son nom à plusieurs reprises en dépassant des groupes qui se remémorent les évènements clefs de la soirée. Il rase les murs en pensant à sa mère qui aurait honte de lui si elle savait qu’il avait agressé un membre de son équipe. Elle qui est si fière de raconter que son fils se fait une place dans le monde du foot et qu’il joue comme Pogba à qui il ressemble tant… Il s’en veut terriblement. Il lui faudra tenter tout ce qu’il peut pour obtenir le pardon de Thibault. Pas seulement pour échapper au Conseil de Discipline, mais, surtout pour conserver l’amitié du jeune capitaine. Un sentiment d’insécurité ne le quitte pas et, tandis qu’il marche et réfléchit aux incidents qui ont ponctué cette fin de journée, il ne peut s’empêcher de regarder par-dessus son épaule. Son cœur s’emballe alors qu’il entend des pas se rapprocher rapidement de lui : il s’attend à se faire molester et injurier. Mais c’est une main amicale qui attrape son épaule.


Il s’agit de David, Michel et Guillaume qui ont tenu à se dépêcher pour rattraper leur coéquipier colérique. Ils ne veulent pas terminer la soirée, déjà entachée par le comportement des supporters de l’équipe d’en face et la défaite, par leur incompréhension quant à l’altercation entre Moussa et Thibault. L’esprit d’équipe, c’est aussi prendre le temps, même après un match difficile, de s’écouter les uns les autres. Les trois amis souhaitent donc parler de tous les incidents de la soirée à Moussa, mais au calme et en petit comité. Tout en rejoignant la voiture de David, Michel commence : « Moussa, je crois qu’il faut vraiment que tu te maîtrises : déjà, c’est assez fréquent ce genre de comportement déplacé du public pendant les matchs. On le sait bien. Mais, nos supporters à nous, ils veulent qu’on gagne, c’est tout ce qui leur importe. Arrête donc de tout dramatiser ! C’est franchement pas bien grave… Et, surtout, arrête d’agresser les gens quand tu es en colère : tu donnes raison aux racistes en étant violent comme ça ! Heureusement qu’il n’y avait personne d’autre que les joueurs de l’équipe dans les vestiaires : tu imagines s’il y avait eu un journaliste !? J’espère que tout le monde va bien fermer sa gueule comme on l’a tous juré… Sinon, v’la le scandale ! Et puis, j’suis désolé, mais Thibault a raison : je suis sûr que si tu avais laissé couler les conneries des supporters d’en face, on aurait pu gagner… C’est quand même con. »


Moussa reste pantois. Certes, il a largement dépassé les bornes avec Thibault, il le reconnaît et veut de tout cœur s’excuser… Mais, personne ne se préoccupe donc du fait qu’il y ait eu ou non des journalistes pour assister aux actes racistes qui ont eu lieu, comme si c’était normal, aux yeux de tous !? D’ailleurs, si les « singeries » sont relayées par la presse, cela ne fera qu’un petit encart dans les faits divers sans importance ! Moussa ne pensait pas que, pour certains de ses coéquipiers, souvent des amis proches, les insultes publiques comme celles dont il a été victime n’avaient pas d’importance. « Mais, Michel, tu es métis pourtant !? Ton père, il est bien sénégalais ? Ça ne te fait rien qu’un frère se fasse traiter de face de singe et de sale négro ? Ça t’arrive moins souvent parce que tu as la peau claire de ta mère française, alors on s’en fout, c’est ça ? Je pensais vraiment pas ça de toi. » David, un peu perplexe, reprend : « Bon, c’est clair qu’il y a deux problèmes ce soir : les singeries et l’altercation entre Thib et Mouss… On va prendre les choses une par une : entre Thib et Mouss, c’est leur problème avant tout, c’est à eux de s’expliquer à l’écart de l’équipe. Mouss s’est excusé envers tout le monde avant de partir, donc, pour moi en tout cas, l’éponge est passée. C’était un moment de craquage. On n’en parle plus jusqu’à ce que soit réglé. Maintenant : les singeries… C’est un problème plus profond. Là, on parle de la société toute entière, pas de deux potes qui se frittent dans un vestiaire et sont séparés à temps. » Se tournant ensuite vers Michel, il ajoute : « Et, je voudrais finir en disant que reporter la faute de la défaite sur la décision de Mouss, c’est pas cool ! Il lui a fallu du cran pour quitter le terrain comme ça… C’était couillu comme action ! » David frappe fièrement dans le dos de Moussa qui écoute les échanges de ses amis un peu absent et étonné des avis des uns et des autres. Michel, le jeune métis franco-sénégalais, rétorque qu’il n’a jamais voulu dire que la défaite était spécifiquement la faute de Moussa mais qu’il aurait quand même pu faire abstraction de toute cette histoire, comme Mouloud l’a fait. Il termine en disant qu’il ne faut pas voir des racistes partout et que, depuis quelques temps, ces plaisanteries grossières font partie du jeu. Guillaume et David sont interloqués par l’insouciance dont fait preuve leur ami, pourtant sans doute parfois confronté à des brimades racistes. Guillaume, pour soutenir Moussa, muet, intervient : « Voilà ! Tu mélanges tout, Michel ! Et finalement, tu justifies les comportements irrespectueux et violents… Je comprends pas ! » Arrivés devant la voiture de David, le gardien de but conclue : « Bon, on va chez moi pour continuer la conversation ? Ma copine est chez sa frangine et j’ai des bières au frais ? »


Installés tous les quatre dans le petit deux pièces de Guillaume, Michel tente de se justifier et d’expliquer son point de vue à ses amis : de son point de vue, il ne sert à rien de mettre en lumière les comportements débiles ou brutaux, souvent ça retombe d’ailleurs sur celui qui le fait. Si on les pointe du doigt, on leur donne de l’importance… A l’issue de la conversation, les coéquipiers reviennent sur la menace de Thibault de faire un rapport sur Moussa au Conseil Régional de Discipline. Le jeune homme risque une sanction grave : baisse de son revenu fixe ou annulation de ses bonus, banc de touche, voire exclusion temporaire… David et Guillaume pensent qu’il faut, même si leur ami est en faute envers leur capitaine, envoyer un message fort face aux actes racistes de plus en plus systématiques dans les gradins : ils décident de quitter l’équipe ou même le club même, carrément, ensemble, dès le lendemain, et d’en informer la presse pour sensibiliser les joueurs comme les supporters ou les responsables des clubs et ligues. S’ils sont trois à prendre cette décision en expliquant leur geste, peut-être que les lignes bougeront enfin. Ils parlent déjà de prendre la parole dans différents lieux comme le lycée de la petite sœur de Guillaume, par exemple. Si Michel ne se laisse pas convaincre d’abandonner l’équipe avec ses autres amis, il partage néanmoins des idées avec le reste du petit groupe et se propose de rester le lien entre eux et leurs (anciens) coéquipiers.

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scénario par

Evan, Sanaé, Kawtar, Dylan, Sarah, Sila, Ismaël, Joey, Marta, Arthur, Pauline, Paris, Méline, Zyad, Amina, Virgil, Tyron, Emeline, Sarah, Séléna, Benjamin

avec le soutien de

du président de la LICRA Nancy Armand WROBEL et de la professeure de Français du collège de la Croix de Metz Clémence RICHARD.

Mise en texte

Apolline Marie HUIN

illustrations

Louis MARIAGE