Moussa 7

Moussa décide d’interpeler le couple

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Même s’il ne l’entend pas, Moussa se sent fixé et visé par la conversation du couple. Cela le gêne de plus en plus. Il se tourne donc totalement vers le jeune homme et sa compagne, ôte ses écouteurs et leur souffle avec hargne : « Si vous avez quelque chose à me dire, je suis là !» Le jeune couple le regarde d’un air étonné et un peu effrayé. Ils se jettent des regards inquiets et, protecteur, le jeune homme passe un bras devant son amie. Devant le silence et les coups d’œil incrédules des deux jeunes gens, Moussa s’énerve. Il pense qu’ils se moquent de lui. Il serre les poings, son visage se crispe sous la colère. Découvrant les dents, il commence à les insulter en les traitant de « saloperies de racistes. » Il tente de prendre à parti le jeune homme en parlant de plus en plus fort : « Fils de pute, va ! Tu veux pas me dire ce que tu disais à ta pouf, là ? Je sais très bien que vous parliez de moi !? Tu crois que j’ai pas compris ? On va descendre au prochain arrêt et s’expliquer entre hommes si tu en as les couilles ! Et toi, pétasse !? Qu’est-ce que t’as ? Ferme-la, va ! » La jeune femme le somme d’arrêter tandis que le son compagnon se lève pour faire rempart entre elle et le fou qui les agresse. Les autres passagers assistent à la scène, totalement médusés. Personne n’ose intervenir. Le jeune homme attrape le sac de sa petite amie et tente de se frayer un passage parmi les passagers afin de descendre au plus vite avec elle. Le bus s’arrête enfin. Le chauffeur, qui a remarqué la scène, profite de la courte pause à l’arrêt pour se lever, et crier à Moussa de sortir immédiatement de son bus en le menaçant d’appeler la police. Profitant du fait que leur agresseur a l’attention détournée par le chauffeur, le couple se glisse dehors furtivement. Moussa reste interdit : « Police ? » Ça sent mauvais pour lui. Il préfère fuir et descend prestement avant que le bus ne reparte sans manquer de crier au chauffeur « Raciste de mes deux ! Je veux pas rester dans ton bus de merde, vas-y ! » Dehors, dans le froid, il ne comprend pas pourquoi personne n’a pris sa défense face aux propos du couple dont il est persuadé qu’ils étaient offensants. Dans sa rage, il ne réfléchit plus ni à ses actes ni à ses dires. Il ne pense plus mais obéit à ce qui le ronge depuis des années après avoir encaissé tant d’insultes, de brimades, de coups de la part de racistes avérés : une rancœur devenue sauvage.


Sur le trottoir, Moussa reste immobile, perdu dans ses pensées hargneuses et tourmentées. Le jeune couple se tient un peu plus loin derrière lui. Il entend le jeune homme essayer de calmer sa compagne qui semble moins terrifiée que révoltée. La voix aigüe de la jeune femme s’écrie : « Non mais tu te rends compte !? Je ne peux pas tolérer une chose pareille ! Mais que vient-il de se passer ? Pourquoi s’est-il mis à nous hurler dessus ainsi et à nous insulter ? On parle tranquillement et, BIM !, on se fait traiter de racistes ?! Et puis, alors !? MOI ? Raciste ??? D’accord, il ne peut pas le savoir mais j’ai quand même un frère adoptif cambodgien ! Et je travaille avec la communauté maghrébine ! Ça me fout en l’air de me faire insulter comme ça alors que je ne vois ab-so-lu-ment pas ce que nous avons pu dire d’insultant. Oh, merde… Attends, regarde, il est là. Soit on part, soit, je te jure, je lui dis tout ce que j’ai sur le cœur. C’est lui le sale raciste… Et il m’a traitée de pouf et de pétasse en plus ?! J’y vais ! Julien, lâche-moi, je vais le voir, ça ne va pas se passer comme ça. » Avant de se dégager des bras de son compagnon qui voudrait empêcher une confrontation qu’il juge dangereuse, elle ajoute : « En tout cas, vu l’ambiance dans le stade et ce qu’il vient de se passer : c’est la première et dernière fois que je t’accompagne voir un de tes foutus matchs ! » Constatant les yeux devenus noirs de sa compagne, du nom de Libaire, le jeune homme cesse de la raisonner mais ne la quitte pas des yeux : sa colère glacerait les plus endurcis, et, lorsqu’elle a la cible de sa vindicte à disposition, elle sait se faire entendre en faisant la leçon, ses arguments étant d’ailleurs toujours sans faille. Moussa entend les propos enflammés de la jeune femme et se sent misérable. Il a donc tout inventé ! L’humiliation qu’il a subie tantôt l’a totalement déboussolé. Comme souvent dans ces cas-là, il ne se maîtrise plus et sa paranoïa prend le dessus.


Honteux, il se tourne vers le couple et s’en approche lentement avant que Libaire ne fonce sur lui pour s’expliquer. Instinctivement, le jeune homme se place devant son amie qui le repousse pour s’approcher du joueur de foot contrit. Elle le fusille du regard, minuscule face à l’athlète, et attend. « Euh… Je suis désolé. Vraiment… Je ne sais ce qui m’a pris… J’étais certain que vous parliez de moi… et que vous disiez… euh… » Les yeux sombres et le silence polaire de la jeune femme l’intimident : il sent qu’il va s’enfoncer s’il continue dans cette voie. « Enfin… Euh… Bon… Je vous prie de m’excuser. J’ai entendu ce que vous venez de dire à votre mec sur votre frère et votre travail, je pouvais pas savoir… » Elle lui rétorque : « Ah ! On passe au vouvoiement, c’est déjà une bonne chose. Effectivement, vous ne pouviez pas savoir. Et quand on ne sait pas, on se tait et on laisse les gens en paix. Sinon, on demande et on demande poliment avant d’insulter des inconnus. D’ailleurs, vous m’avez non seulement insultée, traitée de raciste mais en plus de pétasse. Alors, suis-je une pétasse ? J’attends ! » « Non, non, vous n’êtes une pas pétasse, Mademoiselle. Je vous présente mes excuses. J’ai eu une soirée difficile et… je sais que ça n’excuse rien, bien sûr, c’est juste pour expliquer mon comport… » Sa voix meurt sans parvenir à terminer sa phrase. La jeune femme reprend à l’adresse de Julien : « Tu vois qu’il faut oser dire les choses ! » et se tournant vers le joueur de foot qui ne sait pas où se cacher : « Avez-vous encore quelque chose à ajouter, Monsieur ? » Moussa bredouille qu’il s’excuse encore et, que, vraiment, il est plus que désolé de les avoir agressés. Contre toute attente, elle sourit alors, puis répond : « Sans accepter vos excuses car je n’accepte jamais les excuses après ce genre d’évènement, je vous remercie de les avoir formulées. » Se tournant sans autre forme de procès vers son petit ami : « Bon, Julien, j’ai besoin d’un verre, maintenant ! Parce que, ta soirée, euh… comment dire : plus jamais ! Les racistes dans les gradins, les insultes partout, les racistes parmi les joueurs… » finit-elle plus fort avec un regard en biais vers Moussa.


Le footballeur est désarçonné par la scène qui vient de se dérouler : il vient de se faire moucher en deux secondes par une petite brune d’1m60 à peine. Autant il avait envie de jouer des poings dans le bus, autant, à présent, il ne souhaiterait que parvenir à se faire réellement pardonner par le jeune couple tout en prenant la mesure de son absurdité et de sa violence. Il les retient et se propose de leur offrir un verre en guise de preuve de bonne volonté et de bonne foi car il est vraiment très gêné par ce qu’il a pu leur dire. Julien sourit et d’un air conciliant regarde sa petite amie en lui disant : « Allez… C’est bon… Tu vois bien qu’il est sincèrement désolé. Tu lui as fait assez peur comme ça ! Et puis, c’est Diallo, quoi !? Je t’ai dit que c’était mon joueur préféré en Nationale 3 ! » Avec un soupir exaspéré, la jeune femme fait signe que c’est d’accord mais ajoute qu’elle risque de ne pas participer à leurs discussions de footeux car elle en a assez vu et entendu comme ça. Moussa les engage à le suivre, une rue plus loin, dans un bar agréable à l’ambiance chaleureuse qu’il a l’habitude de fréquenter. Julien et lui commencent à discuter tandis que la jeune femme les suit tout en envoyant un sms à son meilleur ami pour lui faire part de sa mésaventure de la soirée.


Arrivés dans le lieu, Libaire est agréablement surprise : cosy, à l’ambiance feutrée, le lieu propose un large éventail de boissons et n’est pas surpeuplé. En outre, elle aperçoit l’une de ses amies, attablée en compagnie de doctorants de son labo de recherches de l’université. Elle indique à Julien et Moussa qu’elle va rejoindre ses connaissances pour les laisser parler foot, domaine qui n’est définitivement pas le sien. Sans savoir si elle plaisante ou non, Moussa reçoit la recommandation de se tenir à carreau sous peine de la voir intervenir à nouveau. Les deux jeunes hommes commandent une bière pression et entament une discussion à présent chaleureuse. Julien et Moussa s’entendent bien maintenant que le différent brutal est passé. Moussa explique à sa nouvelle connaissance ce dont il a été victime sur le terrain et, tout en s’excusant à nouveau, il lui fait part du ressentiment qui l’a assailli sans discernement dans le bus. Sa mère aurait été tellement choquée et honteuse pour lui si elle avait eu vent de son comportement... Julien le rassure et lui dit qu’à présent tout va bien, en tout cas, à ses yeux. Il lui raconte aussi que sa petite amie, si impressionnante quand « elle s’y met, » a une vie teintée de cultures multiples et qu’elle est un parfait exemple d’une Blanche qui n’a aucun préjugé envers les autres couleurs de peau ou autres différences. Par contre, comme Moussa a pu le constater, elle est hypersensible quand on touche à son intégrité. Moussa se sent réellement dépité. Julien le comprend bien et lui assure qu’il serait ravi de boire à nouveau un verre avec lui à l’occasion. Au bout d’un moment fort convivial, Julien finit par s’excuser en disant qu’il a tout intérêt à rejoindre sa petite amie.


Alors que Moussa termine sa bière, il sent une main dans son dos et entend une voix familière à son oreille : il s’agit de sa grande sœur ! Mina ! Il se retourne tout sourire pour la prendre dans ses bras. Si une personne est capable de le mettre définitivement à l’aise après une soirée pareille, c’est bien elle ! Alors qu’il l’enlace en lui embrassant les joues, il remarque une autre silhouette connue, assise au fond de la salle : l’un des arbitres du match de la soirée. Il pressent que les choses ne sont pas forcément terminées pour ce soir. Peut-être aura-t-il le courage, ainsi rasséréné, d’aller parler à l’arbitre pour lui demander des comptes quant à sa passivité devant les agissements intolérables du public ? Mais avant tout, il souhaite raconter à Mina, sa confidente de toujours, chacun des évènements de sa soirée compliquée.

Choix 1

Moussa va à la table de la grande sœur

Choix 2

Il va à la table de l’arbitre