Moussa 2

Moussa refuse de rester sur le terrain

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Alors que Thibault rejoint sa place sur le terrain et fait signe à l’arbitre que le jeu peut reprendre, Moussa se détourne et décide de quitter le match. Il retourne dans les vestiaires sous les huées des supporters tant de l’équipe adverse que de la sienne. Quelques « Bravo !!! Diallo ! Diallo ! Diallo !!! » s’élèvent tout de même sur son passage, du côté des gradins dévolus au public de son équipe. Avant de disparaître, il lève la main vers les quelques personnes qui manifestent ainsi leur soutien quant à sa décision de quitter le jeu. Il a le temps d’entendre également des insultes véhémentes qui fusent parmi les gradins sans pouvoir atteindre leurs cibles situées généralement de l’autre côté du stade.


Il retire son maillot et s’essuie le visage avec. Malgré le froid du dehors, la transpiration, due tant à l’effort du jeu qu’à son bouillonnement intérieur, ruisselle le long de ses tempes et dans son dos. Loin derrière lui, le match reprend. Les bruits du stade sont assourdis dans la pièce surchauffée. Son équipe est donc restée pour finir le match. Moussa sent la rancœur monter en lui : ses coéquipiers lui ont tourné le dos ! Son capitaine ne l’a pas défendu ! Il frappe d’un poing rageur contre la porte de son casier. Le métal se déforme un peu sous l’impact tandis que le jeune homme sent la douleur pulser dans ses doigts qui restent crispés en une boule de nervosité. Il hésite à s’habiller et repartir sans un mot. Il est toutefois curieux de l’issue du jeu de ce soir et, s’il en veut à Thibault, il sait que certains des joueurs le soutiennent. Il se doit de leur expliquer sa décision. Il ne veut pas que ses plus proches camarades pensent qu’il a perdu l’esprit d’équipe et qu’il a quitté le terrain pour rien. Les défenseurs, situés à l’autre bout du stade, n’ont sans doute même pas entendu ni vu l’incident. Il faut qu’il leur parle et qu’ils trouvent ensemble une solution au cas où ils se retrouvent à nouveau face à ce genre de perturbations racistes. Il voudrait proposer à tous, qu’en cas d’altercation, injure ou autre échauffourée haineuse à l’encontre de l’origine de l’un des joueurs, l’équipe se retire. Si la décision est prise à l’avance, avec l’assentiment de chacun, alors, ils pourront faire front contre ces troubles intolérables.


Malgré l’évidente légitimité de son acte de rébellion, Moussa commence à douter du bon sens de sa réaction. Pour se calmer et réfléchir aux conséquences de sa décision, le jeune homme va prendre une douche salvatrice. L’eau glisse sur son corps d’athlète et le lave de ses efforts comme de ses scrupules. La chaleur, la solitude et le bruit monotone de l’eau sur le carrelage le calment rapidement. Il se sent plus détendu et sûr de lui : il a pris la bonne décision, il en est sûr, même s’il sait d’avance qu’elle sera à l’origine de tensions au sein du groupe. Après s’être séché et rhabillé, il s’assoit sur le banc situé près de son casier. Patiemment, il attend la fin du match, et le retour de ses coéquipiers. Plus le temps passe, plus une nervosité certaine se manifeste par le tremblement rapide et régulier de sa jambe droite. Il passe et repasse la main sur son visage, et dans ses cheveux crépus coupés très courts, comme s’il pouvait gommer de ses traits toute trace d’appréhension par ce simple geste.


20h40. Des cris retentissent assez fort pour que Moussa les entende du fond de son vestiaire. Il regarde l’heure : c’est bien la fin du match. Victoire ? Défaite ? Le jeune homme est impatient de connaître l’issue de la partie. Sa décision de quitter le terrain n’altère en rien sa fébrilité ou son espoir d’une victoire. C’est son équipe, c’était un match important, notamment pour le moral et cohésion des joueurs. Plus il attend ses frères de jeu, plus il regrette de ne pas être resté avec eux jusqu’à la fin. Enfin, il entend ses coéquipiers entrer dans la petite pièce carrelée. Les mines sont maussades. Quelques-uns jettent leurs t-shirts dès leur arrivée sur les portes des casiers ou sur les bancs tout en soupirant. D’autres, sourcils froncés, lancent des regards chargés de sous-entendus vers Moussa. La plupart ne disent rien même si quelques jurons surgissent ici et là. Pas besoin qu’on le lui dise, Moussa a compris : ils ont perdu.


Thibault rassemble les joueurs au centre de la pièce à l’odeur aigre de transpiration et d’amertume. « OK, on a perdu. Mais vous avez plutôt bien joué. David, bravo pour ton but. Farid, tes passes étaient parfaites. Sinon, c’est clair qu’il va falloir revoir certaines formations. Il faut absolument gagner le prochain match. » Après un court silence, il fixe son regard sur Moussa et reprend : « Par contre, avant d’aller plus loin et de vous laisser aller prendre votre douche : Moussa, tu peux nous expliquer ton comportement ? Tu te permets de quitter le terrain comme ça, alors que je dis qu’on continue de jouer coûte que coûte ? On a un gros problème, là. Si tu étais resté, on aurait eu une chance de gagner. Merde quoi ! C’est grâce à ton corner qu’on a marqué notre seul but !? Je comprends pas que tu aies planté tout le monde alors qu’on venait de marquer !? C’est ça l’esprit du foot, ça, pour toi ? »


Pris à parti avec hostilité, Moussa répond à son capitaine qu’il n’a pas supporté les cris de singes, insultes et lancers de bananes du public, et continue en arguant du fait que personne n’a à supporter de telles insanités. Thibault le toise et, faisant un large geste pour englober tous les joueurs : « Et, pour toi, c’est une raison pour laisser tomber toute l’équipe ? Tu nous as abandonnés sur le terrain pour des injures que personne n’a prises au sérieux. C’est ta réaction qui a donné de l’importance à ces conneries ! On aurait pu moucher ces ptits cons en gagnant le match, t’as pensé à ça ? » Moussa reste interloqué que son capitaine, son ami, celui qui dirige son équipe, ne perçoive pas le vrai mal de l’incident et tout ce que celui-ci implique. « Donc, tu penses que, parce qu’il n’y avait que moi qui étais visé, j’aurais dû fermer ma gueule et rester sagement sur le terrain ?! C’est pas toi qui te fais traiter de chimpanzé ou de sale nègre ! J’hallucine que tu n’prennes pas tout ça plus au sérieux !? Et, donc, pour toi, c’est ça l’esprit du foot ? »

Choix 1

Moussa ne se maîtrise plus et laisse éclater sa rancœur

Choix 2

Une discussion s’engage entre les joueurs