Moussa 15

Il va à la table de l’arbitre

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Alors qu’il raconte sa déplorable soirée à Mina, Moussa ne peut s’empêcher de regarder l’arbitre qu’il pense avoir reconnu dans le fond du bar. L’homme, d’une trentaine d’années, grand, aux cheveux noirs, se lève pour passer une commande au bar et, plus de doute possible, il s’agit bien de l’arbitre qui se situait de son côté du terrain quand il fut victime des singeries. Mina lui demande ce qui capte ainsi son attention. Son frère lui souffle qu’il s’agit de l’arbitre qui s’était montré passif devant l’attitude du public durant le match et qu’il hésite à aller le voir pour lui dire ce qu’il a sur le cœur face à ce qu’il a pris pour de l’indifférence. Comme il ne le connaît pas personnellement et que l’homme va se rasseoir avec ses amis, il hésite et demande conseil à sa sœur. Mina l’engage à aller le voir mais en restant calme : s’il l’agresse en fonçant sur lui comme un taureau en train de charger et en l’injuriant comme il l’a fait avec Julien et Libaire, il risque d’avoir de sérieux problèmes. « Calme et assurance » lui répète Mina avant qu’il se lève pour aller discuter avec l’arbitre.


Moussa s’approche de la table de l’arbitre et l’interpelle en lui disant qu’il aimerait s’entretenir quelques minutes avec lui. L’homme reconnaît le joueur et, un peu étonné tout en se doutant du sujet dont il sera question, dit à ses amis qu’il les laisse un instant pour parler avec un joueur. Ils se mettent tous deux un peu à l’écart afin de pouvoir discuter sans être dérangés. Moussa attaque, le plus calmement possible, presque sans préambule : « Je voulais savoir pourquoi vous n’avez pas arrêté le match quand vous avez entendu et vu ce dont j’ai été victime sur le terrain. Le rôle d’un arbitre, c’est de faire attention au jeu, mais aussi d’être garant de l’atmosphère du match. »


L’homme sourit et commence par lui dire : « Tout d’abord, vous pouvez m’appeler Alex. Coudes posés sur la table, il joint les mains dans une attitude réfléchie : « Alors… C’est vrai, je n’ai pas arrêté le match. Dans un sens, je le regrette. A présent que la pression est redescendue chez tout le monde, il est facile d’y repenser et d’imaginer toutes les réactions que l’on aurait pu ou dû avoir. Effectivement, à présent, et surtout alors que vous venez m’en parler, preuve que cela vous a profondément heurté (avec raison !), je pense que j’aurais dû prendre la décision d’interrompre le jeu. » Moussa est perplexe de l’attitude sincère, voire amicale de l’arbitre qu’il a peut-être, encore une fois, jugé trop rapidement. Alex reprend en regardant Moussa droit dans les yeux : « En revanche, vous pouvez être fier de vous, en restant ainsi sur le terrain. Ok, c’est vrai, on a pu constater que votre mental en avait pris un coup et que vous n’étiez plus à fond. Cela étant, vous avez montré, en restant, que ces gens-là ne vous impressionnaient pas et que votre place était sur le terrain ! » Moussa répond qu’il pense qu’il aurait peut-être dû quitter le match au contraire, qu’il se sent mitigé. Alex reprend en lui expliquant un autre point auquel Moussa n’avait pas pensé : « Vous savez, en tant qu’arbitre,  je suis moi aussi très souvent sifflé, insulté, malmené… Une fois, un groupe de supporters m’ont même menacé à la sortie du stade. Jusque-là, j’ai toujours encaissé comme si de rien n’était en pensant que tout arrêter était donner raison aux pauvres types qui passent leurs nerfs sur les autres en lançant des insultes, des cannettes ou des bananes comme ce soir. Vous avez raison - je le pense également - tout ce déferlement de haine dans les stades est inadmissible : l’esprit du foot, ce n’est pas cela. Ces gens gâchent tout. Peut-être faudrait-il effectivement interrompre les matchs dans des cas comme ce soir ? Je pense qu’il faudrait en parler au directeur du club, à l’autre équipe aussi car il s’agissait de leurs supporters et à la Fédération. Je pourrais passer demain lors de votre entrainement pour parler à l’équipe avec vous et mettre au point une stratégie pour sensibiliser les gens et trouver des solutions ? Allez, si cela vous convient, nous pourrons donc en reparler demain. Pour l’heure, détendons-nous ! Je vais rejoindre mes amis et vous souhaite une bonne soirée. A demain ! » Moussa se sent bien mieux après cette discussion. Il trouve finalement du soutien là où il ne s’y s’attendait pas du tout. Il prend alors son téléphone pour envoyer un sms collectif aux membres de son équipe pour s’excuser de s’être montré brusque avec eux et que, le lendemain, il aimerait trouver, avec eux, une ligne de conduite collective à suivre en cas d’agissements racistes.

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scénario par

Evan, Sanaé, Kawtar, Dylan, Sarah, Sila, Ismaël, Joey, Marta, Arthur, Pauline, Paris, Méline, Zyad, Amina, Virgil, Tyron, Emeline, Sarah, Séléna, Benjamin

avec le soutien de

du président de la LICRA Nancy Armand WROBEL et de la professeure de Français du collège de la Croix de Metz Clémence RICHARD.

Mise en texte

Apolline Marie HUIN

illustrations

Louis MARIAGE