Moussa 13

Moussa, rongé par la colère, insulte son ami

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Moussa, encore tout à sa colère, prend le discours posé de son ami pour de l’indifférence. Comment peut-il ne pas crier, ni injurier ceux qui l’ont ainsi malmené en plein stade ? Comment peut-il ne pas croire que son équipe est rongée par un racisme latent ? Comme tous les Blancs d’ailleurs. Il s’enflamme et hurle : « J’y crois pas !? Tu minimises ce qui m’est arrivé ? Tu penses qu’en blablatant autour d’une table, ça va s’arranger ? Tu comprends rien, va ! Tu sais quoi ? T’es comme tous les autres !? » Les yeux fous, l’écume aux lèvres, il jette sa canette à travers le salon : « Sale Blanc, va ! Retourne dans ta famille de babtous ! Bouge de chez moi ! Allez, dégage ! » Arthur est atterré par la réaction disproportionnée de celui qu’il pensait être son ami. Il regarde la cannette se vider sur le tapis, puis Moussa qui est assis, contracté comme un lutteur près à charger, penché sur ses genoux, les poings serrés sur son front, respirant de plus en plus fort.


Le jeune étudiant, qui connaît Moussa depuis plus de dix ans, ne l’a jamais vu dans un état pareil. Il donne l’impression qu’il n’a qu’une envie : fondre sur son ami pour le frapper. Heurté par les insultes – racistes - qu’il vient de recevoir alors qu’il ne souhaitait que venir en aide au joueur de foot outragé, Arthur lui répond tout en se levant et ramassant sa veste posée sur le dossier du fauteuil : « Pourquoi tu cherches la bagarre ? Je ne t’ai rien fait ! Ce n’est pas moi qui t’ai insulté ! Par contre, là, c’est toi qui m’insultes : c’est toi le raciste qui me vois comme un connard de Blanc alors que, moi, je ne vois pas ta couleur de peau, je vois juste un pote. Enfin, je voyais un ami… parce qu’après ce que tu viens de me dire… Je ne sais pas si tu te souviens, mais on est amis depuis dix ans. Si tu avais besoin de te défouler, il fallait le faire sur le terrain, pas ici, ni contre moi ! Tu veux faire ton Anelka, te montrer vulgaire et dépasser les bornes ! Vas-y ! Mais je te pensais plus intelligent ! Si tu veux prendre exemple sur un joueur de foot connu, choisis plutôt Thuram : il t’apprendrait peut-être 2 ou 3 trucs, tiens ! Écoute-toi un peu. » Blessé et fulminant, Arthur prend ses clefs et lui annonce sans un regard qu’il va dormir chez sa copine et qu’il cherchera un autre appart dès le lendemain matin.


Moussa se retrouve seul. Il est enragé. N’ayant plus personne contre qui se défouler, il ramasse la cannette pour la balancer dans la poubelle de la cuisine avant d’ouvrir le réfrigérateur pour en prendre une autre, qu’il commence à boire avant même de refermer la porte du frigo. Il en prend une seconde qu’il pose devant lui sur la table basse tout en vidant celle qu’il vient d’ouvrir. Enfin, il reprend ses esprits et regarde l’appartement vide, la tache de bière sur le tapis, et prend conscience de l’absence d’Arthur. A présent calmé, il se remémore, comme dans un cauchemar, son altercation avec son colocataire et ami. Il l’a insulté, il a utilisé des mots haineux, racistes… Il se prend la tête entre les mains, les passe et repasse sur son crâne tandis que les larmes lui brûlent les yeux. Sa colère devient tellement envahissante qu’il envoie chier ses meilleurs amis comme s’ils étaient ses pires ennemis ! Il se rappelle les derniers mots d’Arthur qui lui a dit qu’il allait quitter l’appart au plus vite. Moussa ne parvient pas à comprendre comment il a pu en arriver à hurler à son ami de dégager de leur coloc. Il faut qu’il parvienne à maîtriser sa colère qui se transforme en haine. Une haine qu’il exècre chez les autres. Cette haine raciale qui le touche de plein fouet, et qui ricoche contre ses proches. Il s’empare de son téléphone et tente d’appeler son ami. Les sonneries s’enchaînent : il tombe sur la messagerie. Il raccroche et essaye de rappeler. Messagerie. Messagerie. Messagerie. Il est allé trop loin, il s’en rend compte à présent. Il envoie un sms pour s’excuser tout en se demandant ce qu’il a pu dire à ses coéquipiers sous l’effet du ressentiment. Il ne sait plus les propos qu’il a tenus à son équipe, tout se mélange… Il espère de tout son cœur qu’il sera possible de réparer les choses avec Arthur et qu’il sera bien accueilli par ses coéquipiers, le lendemain matin, pour l’entrainement. Il réessaye d’appeler Arthur mais seule la messagerie lui répond.

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scénario par

Evan, Sanaé, Kawtar, Dylan, Sarah, Sila, Ismaël, Joey, Marta, Arthur, Pauline, Paris, Méline, Zyad, Amina, Virgil, Tyron, Emeline, Sarah, Séléna, Benjamin

avec le soutien de

du président de la LICRA Nancy Armand WROBEL et de la professeure de Français du collège de la Croix de Metz Clémence RICHARD.

Mise en texte

Apolline Marie HUIN

illustrations

Louis MARIAGE