Moussa 12

Moussa se sent vexé par son ami blanc

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Moussa voit rouge et s’emporte. « Attends, t’es en train d’me dire que je suis parano, c’est ça ? C’est pas à toi qu’on a balancé des fruits comme à un babouin dans un zoo ! C’est pas toi qui t’en prends plein la gueule à l’entrée des boîtes de nuit ?! Et combien de fois, j’ai été contrôlé par les flics juste parce que j’suis Black ? Sérieux ?! Moi, j’suis sûr que les deux petits cons du bus parlaient de moi et me fixaient. J’ai l’habitude ! Que toi, tu ne me soutiennes pas, j’hallucine !? De toute façon, tu peux pas comprendre : tu es un bon grand Blanc ! Bien blond en plus !? Moi, on m’a enlevé mon humanité, ce soir ! Tu comprends ça !? Mon humanité ! » Arthur, connaissant le caractère sanguin de son colocataire, le laisse crier et s’énerver sans l’interrompre. Il sait qu’il faut que son ami se calme de lui-même avant de reprendre la parole. Moussa finit ses récriminations et vide sa cannette avant d’aller en chercher une autre dans le réfrigérateur. Il s’affale ensuite à nouveau dans le canapé, l’air sombre, les mâchoires crispées. Sa jambe droite commence à trembler, signe évident de son énervement.


Arthur laisse le silence s’installer. Après un moment, constatant que la respiration de son colocataire ralentit et que les muscles de son visage se décrispent progressivement, il lui répond, très calme : « Mouss… Je n’ai jamais rien dit de tel. Regarde dans quel état tu es. Tu n’écoutes plus rien et restes braqué sur tes émotions. Pas sur les évènements ni sur mes paroles. Veux-tu bien m’écouter à nouveau sans t’énerver ? Peut-être ai-je été maladroit et, si c’est le cas, je m’en excuse. Je n’ai jamais remis en cause la gravité de ce qui t’est arrivé sur le terrain. Tu me connais quand même ? Ça fait 10 ans que nous sommes amis. Je te dis juste de te maîtriser quand tu es aussi en colère pour ne pas accuser la terre entière d’être contre toi. Tu te rends compte que tu viens de me dire que parce que ma race est différente de la tienne et, qu’à cause de cela, je ne peux pas te comprendre ? Donc, moi, j’aimerais bien qu’on reprenne le problème à la base : ce qui s’est déroulé durant le match. » Moussa se calme et s’excuse de s’être emporté. Il essaye d’expliquer encore une fois combien il est blessé et en colère. Il regarde son ami avec attention et lui demande : « N’empêche, j’y pensais dans le bus : tu connais beaucoup d’histoires, toi, comme celle que je viens de vivre qui soient arrivées à un Blanc ? » Arthur boit une gorgée de bière, pose sa cannette sur la table basse puis ses coudes sur ses genoux pour enfin regarder son ami bien en face : « Eh bien, écoute, même si ça ne s’est pas déroulé dans un stade au vu et au su de tout le monde, figure-toi que, moi aussi, j’ai subi des brimades raciales… parce que j’étais blanc. Tu sais que j’ai grandi dans les quartiers : eh bien, je peux te dire qu’en tant que gamin blanc et blond, ça n’a pas toujours été facile justement. J’étais le seul blanc de mon bloc et je me faisais chopper en bas de l’immeuble quasiment toutes les semaines par les autres jeunes du quartier. Et j’aime autant te dire que j’ai pris des coups et que j’ai mangé des insultes. Ce n’est certes pas la même chose qu’être comparé à un singe, mais quand on te demande si, ton père, c’était Hitler parce que tu es le seul blondinet du coin, c’est pas vraiment cool non plus. » Moussa est interloqué. Il n’imaginait pas que son ami ait pu vivre ce genre de choses. Ils continuent un moment à échanger des souvenirs et des expériences parfois douloureuses, parfois heureuses.


Avant d’aller se coucher, Arthur propose à Moussa de l’aider à dialoguer avec son équipe au sujet du racisme dans les stades, voire au sujet de toutes les discriminations dont peuvent être victimes les joueurs. Fort de son expérience au sein de son association universitaire militante pour les droits de toutes les minorités, il pense pouvoir être de bons conseils pour l’équipe face à ces agissements qui agitent de plus en plus régulièrement les matchs. Moussa est tout d’abord réticent disant qu’il veut juste oublier toute cette histoire. Arthur insiste en lui expliquant qu’il est de plus en plus à fleur de peau et que, pour pouvoir canaliser sa colère, il faut qu’il en fasse quelque chose de constructif. Il continue en lui proposant de venir avec lui, juste comme soutien, pour l’encourager à expliquer aux autres joueurs ses ressentis et son envie de faire quelque chose pour changer la donne. Il termine en lui assurant que son association pourra être aux côtés du club si les membres veulent engager des actions pour lutter contre ces agissements racistes. Moussa remercie chaleureusement son ami en acceptant son aide avant d’aller enfin se coucher et oublier cette soirée, le temps d’une nuit.

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scénario par

Evan, Sanaé, Kawtar, Dylan, Sarah, Sila, Ismaël, Joey, Marta, Arthur, Pauline, Paris, Méline, Zyad, Amina, Virgil, Tyron, Emeline, Sarah, Séléna, Benjamin

avec le soutien de

du président de la LICRA Nancy Armand WROBEL et de la professeure de Français du collège de la Croix de Metz Clémence RICHARD.

Mise en texte

Apolline Marie HUIN

illustrations

Louis MARIAGE