Moussa 11

Moussa ignore ses coéquipiers

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« Ouais, c’est ça, David ! T’étais juste à côté et t’as rien entendu ? C’est facile de sortir ces platitudes après coup ! Et toi, Thibault, finalement tu essayes de faire le papa, là : on va parler, chacun va dire je sais pas quoi … C’est n’importe quoi et tu n’prends pas tes responsabilités ! Ras-le-bol d’être dans une équipe de Blancs qui comprennent rien ! Et vous, Mouloud, Farid, Michel qui suivent comme des p’tits chienchiens et n’ont pas le courage d’ouvrir leur gueule alors qu’ils sont concernés par le racisme… Ca me dégoûte… Allez, moi, j’me casse… » Il saisit ses affaires brusquement et quitte le vestiaire en claquant la porte. D’un pas rapide, il suit le chemin pour rentrer chez lui. Il est hors de question de prendre le bus qui sera bondé : les derniers supporters des deux équipes errent autour du stade en vidant des cannettes de bière. Il risque de se faire agresser ou injurier. Il le sait, il en a déjà fait les frais trop souvent. Et comme le match a été perdu, ça risque de devenir rapidement dangereux pour lui s’il reste dans les parages. L’insécurité le fait regarder par-dessus son épaule régulièrement à mesure qu’il s’enfonce vers le centre-ville. Il se sent aussi humilié que révolté. Il se sent devenir également de plus en plus amer à chaque nouvelle attaque raciste dont il est la cible. De plus en plus souvent, il a envie de répondre avec ses poings tant il sent de rage en lui.


Enfin, le centre-ville. Il est tard à présent. Les passants se font rares alors que les bars sont plein de groupes d’amis ou de couples partageant un verre. Les phares de voiture l’éclairent, et illuminent la nuit urbaine. Moussa a l’impression que le cosmos se fout bien de tout de ce qui peut arriver sur cette terre. C’est comme si rien ne s’était passé. Il est seul, à ruminer ses pensées en marchant sans but. Attendant à un passage pour piétons que le feu passe au vert, il remarque qu’à travers la large devanture vitrée de la brasserie qui se situe sur le trottoir d’en face, les clients sont tous tournés vers un vaste écran de télévision. Après avoir traversé, il s’arrête pour observer l’atmosphère chaleureuse et enjouée du lieu. Les groupes d’amis semblent n’en former qu’un seul et unique, occupé à regarder un match de foot. Il avait presque oublié ! Ce soir, après leur propre match, avait lieu un quart de finale de la coupe du monde. Il devrait être en train de regarder la seconde mi-temps avec ses coéquipiers. Ils avaient prévu cela de longue date en se disant qu’ils fêteraient leur victoire s’ils gagnaient ou qu’ils se consoleraient ainsi d’une défaite s’ils perdaient. « Voilà, je m’r’trouve tout seul dans la rue comme un con, et je regarde des gens que je n’connais pas regarder un autre match. Soirée de merde ! C’est trop relou ! » A ce moment-là, des cris résonnent dans le bar, les gens lèvent les bras, trinquent, se font des accolades ! La joie est à son comble après un but magistral de l’équipe du Portugal d’après ce qu’il peut voir. Voilà, c’est ça l’esprit du foot : cette liesse, cette cohésion et cette envie d’être ensemble ! C’est pour toutes ces raisons qu’il a eu envie de faire du foot en club. Il a toujours voulu participer à tout cela, en être acteur. Quand il voit à quel point les gens sont soudés devant un match, ça lui fait chaud au cœur. Il regrette de ne pas être resté pour parler avec ses coéquipiers. Il aurait fallu qu’il prenne le temps de s’expliquer et surtout de les écouter.


Tous ses bons souvenirs lui remplissent le cœur. Il se dit qu’il faut qu’il rejoigne l’équipe, s’excuse de son emportement et propose une table ronde avec tous les joueurs pour parler des problèmes de racisme dans le monde du foot qui devrait être un symbole d’unité. Il aurait dû laisser les autres s’exprimer et croire en leur soutien plutôt que de les repousser. Il sait bien que David n’est pas raciste et qu’il est son meilleur ami depuis presque 10 ans à présent. De plus, s’il veut se faire entendre, il ne pourra pas le faire seul, surtout pas en tournant le dos à ses coéquipiers. Il sort son téléphone et essaye d’appeler Thibault. Celui-ci répond d’un ton dur : « Mouss ? Qu’est-ce que tu veux ? On s’apprête tous à rentrer, là. » Puis, un peu inquiet : « Ça va ? Tu n’as pas eu de problèmes en rentrant chez toi au moins ? J’espère que tu n’as pas rencontré le groupe de sales cons de supporters de tout à l’heure !? Les gars ! Attendez, c’est Mouss au téléphone ! » Moussa le rassure en lui disant qu’il va bien et qu’il tenait juste à présenter ses excuses quant à son attitude excédée en quittant les vestiaires. Il demande à son capitaine s’il peut les rejoindre, puis ajoute qu’il a quelque chose à proposer à toute l’équipe. Thibault lui dit que certains d’entre eux, notamment David, Michel, Farid, Fabien, Mouloud, Léo et lui, ont décidé de se rendre chez Guillaume justement pour évoquer les évènements de la soirée. Il lui assure qu’il est le bienvenu et se montre heureux de son appel. Il accepte ses excuses en lui promettant qu’il souhaite réellement trouver des solutions afin que des situations comme celle de ce soir-là ne se renouvellent plus. Il termine en disant que s’ils veulent une équipe soudée, il faut que la communication soit au centre des débats, quels qu’ils soient. Moussa accepte de les retrouver chez Guillaume. Le soutien de ses amis lui fait chaud au cœur et il ne doute plus qu’ils pourront, collectivement, trouver comment réagir face à ces exactions haineuses.

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scénario par

Evan, Sanaé, Kawtar, Dylan, Sarah, Sila, Ismaël, Joey, Marta, Arthur, Pauline, Paris, Méline, Zyad, Amina, Virgil, Tyron, Emeline, Sarah, Séléna, Benjamin

avec le soutien de

du président de la LICRA Nancy Armand WROBEL et de la professeure de Français du collège de la Croix de Metz Clémence RICHARD.

Mise en texte

Apolline Marie HUIN

illustrations

Louis MARIAGE