Moussa 10

Moussa fait confiance à ses coéquipiers

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Moussa est un peu déconcerté en écoutant David. Il était certain que son meilleur ami avait vu les jets de bananes et avait tout entendu… mais il était peut-être en fait tout à son succès. Guillaume ajoute que, n’ayant pas vu de quels objets il s’agissait, ils étaient plusieurs à penser que les projectiles lancés sur le terrain leur étaient destinés à tous. Le gardien est sincèrement blessé pour son ami et termine en disant, qu’après tout le battage médiatique autour des singeriesqui avaient déjà eues lieu lors de grands matchs, il n’imaginait pas que ce serait encore possible de devoir subir ce genre de choses. La plupart des joueurs se disent à présent solidaires de Moussa. Quelques-uns, amers de la défaite, récriminent néanmoins encore et argumentent en disant que l’indifférence face à ces agissements reste la meilleure arme : si tous les matchs devaient être arrêtés en cas d’injures, les stades n’auraient plus qu’à fermer leurs portes. Du fond du vestiaire, Farid lance : « Moussa, sérieux, tu penses pas que ce sont juste de pauvres tarlouses ? Si on les croisait hors du stade, ils n’oseraient même pas nous regarder en face ! Ils feraient dans leurs frocs et il ne serait plus question de babouins ou de chimpanzés ! » Fabien, qui a fait un coming out difficile deux ans plus tôt, se lève et, très énervé, répond au jeune homme d’origine algérienne : « Euh… Farid ?! On pourrait peut-être aussi arrêter les insultes homophobes, non ? Et puis, super l’amalgame entre homo et racistes sur ce coup ! Ça commence à me saouler aussi tout ça. On est tous d’accord pour dire que, le racisme, c’est de la merde, par contre, traiter les gens de pédé, c’est normal ? Tant qu’on parle de discrimination, je pense qu’il faudrait aussi balayer un peu devant notre porte et faire attention à ce qu’on dit. Hein, Farid ? Ça te parle ce que je suis en train dire ? Ces pauvres tarlouses ne feraient pas forcément les malins devant un vrai pédé comme moi, tu crois pas ? »


Les objections, justifications et interjections fusent de tous les côtés : tout le monde recommence à parler en même temps sans s’écouter mutuellement. Les uns assurent Moussa de leur soutien pendant que d’autres rebondissent sur la remarque de Fabien. Les arguments énoncés de manière plus ou moins virulentes par chacun deviennent rapidement inaudibles. Thibault impose à nouveau le silence, avec une difficulté accrue. Les joueurs se résolvent à se taire et à écouter leur capitaine qui demande si quelqu’un souhaite prendre la parole une dernière fois avant qu’il ne conclue lui-même et que tout le monde aille prendre sa douche et reparte dans le calme. Mathis se lève près du capitaine et regarde chacun avant de déclarer : « Je pense que je peux parler au nom de toute l’équipe en disant qu’on aurait tous accepté d’arrêter le match si on avait su ce qui s’était passé. Plus important que la victoire, il y a l’équipe. Il faut se soutenir quoi qu’il se passe et se montrer unis. Je dis ça pour Moussa et les autres joueurs de couleur, mais… » Il cherche Fabien du regard « si jamais le même genre d’insultes était lancées contre les gays pour t’insulter, Fabien, ce serait pareil : il faut une tolérance zéro contre ceux qui s’attaquent à l’un des nôtres. Le foot ce n’est pas cela. Il faut montrer l’exemple. » Thibault attrape le joueur par les épaules en souriant, le serre dans ses bras en lui tapotant le dos, avant de clore le débat pour ce soir-là : « On est tous d’accord, alors ? Tolérance zéro contre le racisme et l’homophobie – Fabien a eu raison de rappeler ce point. Donc chacun va faire attention à son vocabulaire. Voilà, ce que je vous propose : demain, on se retrouve comme d’habitude pour le debriefingdu match – il faut quand même parler du jeu. Mais, après l’entrainement, on prendra le temps de se mettre tous autour d’une table et de poser chacune de nos idées sur ces problèmes. Comme il a été proposé : il faut décider à l’avance de notre réaction face à tout cela. Nous trouverons une solution en restant soudés, solidaires et unis. Allez ! Tous à la douche et à demain ! »


Le lendemain matin, les visages sont apaisés. Certains ont les yeux fatigués car la soirée fut rude pour tout le monde. Thibault commence par faire le compte-rendu du match et restructurer en partie les formations et les stratégies d’attaque et de défense en vue du prochain jeu contre une équipe particulièrement agressive sur le terrain. Durant l’exposé, Moussa reçoit des témoignages de soutien chuchotés plus ou moins discrètement de la part de plusieurs de ses coéquipiers. Le capitaine rappelle ses troupes à l’ordre en leur promettant que chacun pourra s’exprimer sur les évènements du soir, mais pour le moment il faut être attentif afin d’être au point pour l’entrainement qui va suivre. Après quelques minutes, un tableau blanc est rempli de croix, flèches et lignes courbes en tous sens qui, sans le discours, ressemblent à un vaste gribouillis mais qui résument le travail à accomplir sur le terrain. Le chef d’équipe donne le top départ de l’entrainement. Celui-ci dure tout le reste de la matinée. La plupart des joueurs ne se donne pas à fond, l’air plutôt préoccupé par les discussions qui suivront.


Une fois rafraichis et rhabillés en civil, les joueurs s’installent dans la salle de conférence du club pour définir une stratégie non pas sur le terrain mais auprès des médias et des autres équipes. Thibault lance la discussion en disant qu’il a réfléchi à tout ce qui s’était passé durant la nuit et tout ce que les uns et les autres avaient dit dans les vestiaires. Il pense qu’il faut mener une action forte pour montrer une équipe unie contre toutes les discriminations : alerter les médias et faire une allocution collective autour des problèmes de racisme et d’homophobie lui semble une bonne idée. La plupart acquiesce avec enthousiasme. Mathis connaît justement un journaliste d’une chaine de télévision locale, un ami de son père, qui serait sans doute ravi de faire une interview, voire un reportage basé sur leurs témoignages. Guillaume pense qu’il faudrait parler de l’incident à l’équipe adverse de la veille pour les alerter sur le comportement de leurs supporters. Si les joueurs sont d’accord, il pense que ce serait justement un message impactant si les deux équipes se montrent soudées. Fabien propose de rallier les équipes féminines à leur cause, étant donné que lorsqu’elles sont mises en lumière c’est généralement pour parler de leur vie sexuelle ou leur physique mais pas de leur jeu… alors que certaines sont excellentes comme Sandrine Soubeyrand ou Laura Georges. Enfin Mouloud propose que l’équipe aille voir le président du club, voire carrément le conseil d’administration dans son ensemble, pour demander s’ils peuvent engager une action juridique contre les personnes impliquées. Farid connaît justement quelqu’un de la LICRA qui a déjà accompagné des joueurs victimes d’insultes racistes, voire de coups à la sortie d’un stade à cause de leur couleur de peau. Moussa n’en revient pas. Après cette soirée et les altercations de la veille, il ne pensait jamais que ces problèmes fédéreraient ainsi ses coéquipiers. Finalement, il a eu raison de quitter le terrain puis d’exprimer ses ressentis. Il a également eu raison d’écouter ses frères au lieu de se livrer à sa colère. Ensemble, en restant collectif et soudés par l’esprit d’équipe, ils feront peut-être avancer un peu les choses, au moins dans la région.

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scénario par

Evan, Sanaé, Kawtar, Dylan, Sarah, Sila, Ismaël, Joey, Marta, Arthur, Pauline, Paris, Méline, Zyad, Amina, Virgil, Tyron, Emeline, Sarah, Séléna, Benjamin

avec le soutien de

du président de la LICRA Nancy Armand WROBEL et de la professeure de Français du collège de la Croix de Metz Clémence RICHARD.

Mise en texte

Apolline Marie HUIN

illustrations

Louis MARIAGE