Lorraine 9

Lorraine décide de répandre une rumeur sur Stéphanie

press to zoom

press to zoom
1/1

Alors que Lorraine se sentait prête à demander une entrevue à Stéphanie afin qu'elles puissent s'expliquer directement et mettre fin à cette explosion de méchancetés et de discordes, la jeune fille craque complètement à la lecture d'un courriel.


"Au lieu de faire la belle auprès de tous les mecs, notamment le mien, et de rouler ton cul sur le terrain pour rien, retourne donc dans ta famille de facho en Italie, sale ritale !


Steph, ta meneuse qui va te faire sortir."


Au réveil, un tel message fait très très mal. Il n'est plus question de dialogue, de rendez-vous ou de main tendue ! Lorraine est furieuse et veut se venger, le plus cruellement possible bien entendu. Traiter sa famille de fachiste parce qu'elle est italienne alors que ses arrière-grands-parents ont été résistants et ont même fait passer plusieurs familles en zone libre ! Ce racisme et ces préjugés l'écœurent ! Elle aurait dû se douter de telles bassesses déjà lorsqu'Emma avait essayé des insultes et menaces à peine voilées d'amis de Lucie, l'une des trois autres meneuses si soudées. Homophobe, raciste... Cette Stéphanie va voir si le coach apprécie ce genre de filles dans son équipe !


Pleine de rancœur et de colère, Lorraine commence son travail de sape contre sa coéquipière dès le lendemain matin auprès d'Emma. Elle lui fait lire le message puis balaye rapidement les objections de son amie quant à un quelconque fond raciste chez Stéphanie en lui rappelant qu'elle-même a été victime d'agression haineuse de la part de camarades de Lucie. Cela ne peut pas être un hasard, un esprit raciste et homophobe habite le clan des meneuses et il faut faire quelque chose contre cela : c'est inadmissible ! Sur le fond, Lorraine a évidemment raison, mais, pense Emma, quelque chose ne va pas. Elle connaît Stéphanie depuis quelques années à présent grâce au club et elle était en primaire avec Lucie et Sabrina. Jamais elle n'a entendu l'une ou l'autre tenir ce genre de propos. Le frère de Stéphanie a d'ailleurs fait un coming out très théâtral lors de la fête de fin d'année des terminales deux ans auparavant en arrivant déguisé en mère Noël. Sa famille était au courant qu'il avait 14 ans et sa sœur en parlait très librement sans préjugés aucun. Quant au racisme... Ariane est d'origine somalienne et est l'une des joueuses au poste de pivot, comme Lorraine, or, personne n'a jamais manifesté la moindre répulsion ou le moindre mot déplacé à son encontre. Emma reste sceptique mais renonce à convaincre Lorraine qui est au paroxysme du courroux et donc impossible à raisonner tant que le feu de son cœur froissé ne sera pas calmé au moins de moitié. Elle écoute son amie enrager et fulminer contre le groupe des meneuses en silence, espérant pouvoir dialoguer posément avec elle plus tard.


Lors de la pause déjeuner, Emma souhaite aller encore une fois commander un panini avec son amie et aller discuter tranquillement dans leur ruelle. Peut-être pourra-t-elle lui faire entendre raison, ou, tout du moins, essayer de démêler le vrai du faux en partant de l'adresse électronique qui a envoyé le message raciste à Lorraine durant la nuit. La jeune fille cherche son amie dans les couloirs à la sortie du cours d'anglais mais ne la voit nulle part. Pourtant, elle est si grande qu'elle se remarque d'ordinaire aisément ! Emma erre dans les couloirs puis se rend dans la cour et se dirige vers le food truck afin de commander sa gourmandise préférée, le panini trois fromages supplément tomates fraiches et basilic - même si c'est lourd et gras... une fois de temps en temps, elle craque et sa nervosité du jour la pousse à la tentation. A la sortie du lycée, à l'opposé de "leur" ruelle, Emma aperçoit enfin Lorraine. Celle-ci est en pleine conversation avec les deux commères à la langue de vipère la plus venimeuse de la ville, voire de la région. Emma craint une véritable catastrophe... Et elle voit son amie montrer l'écran de son téléphone aux deux jacasses : Emma est certaine que Lorraine fait lire le courriel haineux qu'elle a reçu. Malheureusement, Emma est également certaine que la jeune fille colporte aussi le fait qu'elle est certaine qu'il provient de Stéphanie - la signature du message et le nom dans l'adresse électronique le prouvent !


Après plusieurs jours, les évènements prennent une tournure très sombre : Ariane dit bien fort, lors d'un entraînement qui tourne mal à cause d'un ballon qui, à son sens, lui a été envoyé sciemment dans la cuisse, qu'elle va quitter l'équipe si certaines sont racistes parmi les joueuses. Elle désigne à Lorraine Stéphanie du regard et lui envoie un signe d'intelligence auquel l'Italienne lui répond d'un signe de tête entendu. Emma a pris ses distances avec Lorraine qui ne comprend pas pourquoi son amie ne prend pas sa défense. Enfin, après plusieurs sous-entendus échangés avec agressivité durant une pause, le coach demande à Lorraine, Ariane, Lucile et aux quatre meneuses de venir sur-le-champ dans son bureau. Maxime leur demande ce qu'il se passe et pourquoi l'ambiance est devenue aussi tendue, voire insupportable comme ce soir-ci. Les adolescentes commencent à répondre toutes en même temps, à parler de plus en plus fort et se placer de manière à bien montrer qu'il y a deux clans en guerre et que la prochaine étincelle va faire exploser leur réserve de fureur. Il frappe du plat des mains sur le bureau en demandant le silence. Les jeunes filles se remettent en ligne, mains derrière le dos, silencieuses mais tempêtueuses. Il demande à Lorraine, Ariane et Lucile de sortir mais d'attendre qu'il ait interrogé les meneuses car il voudra les entendre juste après. Les quatre amies ressortent du bureau et toisent leurs trois coéquipières en leur disant d'entrer à leur tour.


Lorraine est sûre d'elle et se sent soutenue par Ariane et Lucile, amies indéfectibles depuis les petits de la maternelle. Pourtant lorsqu'elle se retrouve avec ses deux coéquipières devant Maxime, son assurance se fait plus tenue : elle sent instinctivement que le vent a tourné à son désavantage. Que peuvent bien pouvoir avoir raconté les quatre meneuses pour mettre ainsi Maxime dans leur poche ? Encore des mensonges, sans doute... Elles sont si sournoises ! Maxime interrompt les pensées inquiètes de Lorraine pour lui demander d'expliquer son comportement envers certaines de ses coéquipières et sur le terrain durant des dernières semaines, surtout les quelques jours. Lorraine explique alors en mettant le plus d'éloquence et de sentiment possible qu'elle est victime de harcèlement haineux de la part de Stéphanie et ses amies et qu'elle en a la preuve grâce à un courriel abominable et différentes sources orales. Maxime demande si Ariane et Lucile ont quelque chose à ajouter mais les deux adolescentes se contentent de dire qu'elles trouvent scandaleux que des propos aussi racistes soient tolérés dans une équipe de sport ou où que ce soit d'ailleurs. Maxime demande alors à Lorraine de venir lire ce qui se trouve sur son écran : elle découvre le message atroce qui lui avait été envoyé inséré dans un compte-rendu de plainte déposée par Stéphanie au commissariat de son quartier avec ses parents. Cette dernière a adressé le procès-verbal au principal du lycée et au coach comme preuve de sa bonne foi quant à ses convictions et au fait que l'adresse depuis laquelle le message avait été envoyé était frauduleuse. Quant aux propos homophobes, Maxime stipule qu'Emmanuelle lui a donné le droit de leur dire qu'elle était lesbienne et que les autres meneuses étaient les premières à qui elle l'avait dit. Maxime ajoute que les accusations de Lorraine sont graves, très graves et que les parents de Stéphanie n'ont pas porté plainte contre elle pour diffamation grâce à lui mais que tout va dépendre de son comportement à l'avenir. La jeune fille ne sait que dire, elle voudrait disparaitre. Ariane et Lucile se confondent en excuses. Maxime leur rétorque que c'est aux quatre meneuses qu'elles doivent des excuses et qu'elles se trouvent juste derrière la porte. Il les engage à sortir mais retient encore Lorraine un moment : il la prévient qu'elle va subir les conséquences des rumeurs infondées qu'elle a fait courir sur ses camarades de jeu. Il faudra qu'elle ait les épaules solides, qu'elle se montre solidaire en toute circonstance et accepte de vivre une période, qui risque d'être longue, de méfiance de la part des autres joueuses. Il souhaite également qu'elle fasse des excuses publiques aux quatre jeunes filles.


Avec humilité et beaucoup de honte, Lorraine s'exécute et s'excuse auprès de Stéphanie, Manu, Lucie et Sabrina pour avoir colporté des rumeurs infondées et lourdes de conséquences, si les autorités du club et du lycée les avaient prises au sérieux. En rentrant chez elle, elle se voit convoquée par ses parents dans la cuisine, son petit frère est présent également bien qu'il ne soit qu'en sixième. Ils ont été avertis par le proviseur et Maxime des histoires de guerre de récréation ayant pris une ampleur phénoménale avec des atours de harcèlements divers et variés. Lorraine a droit à un cours d'éducation civique de la part de ses parents sur la manière de procéder en cas de harcèlement et de messages de haine. Elle doit en parler mais certainement pas répandre à son tour des rumeurs injustes et elles-mêmes haineuses ! Les parents de la jeune fille lui apprennent qu'ils ont d'ailleurs l'intention de porter plainte contre X aux côtés des parents de Stéphanie pour le message de haine reçu par leur fille. Contrite, Lorraine se répand en excuses mais est envoyée dans sa chambre "pour réfléchir à son comportement". Dans l'équipe, elle doit refaire entièrement ses preuves. Elle accepte d'être ignorée, sélectionnée la dernière ou écartée de certains matchs. Même Emma n'est plus très proche d'elle et ne l'invite plus à déguster des paninis dans leur ruelle pour bavarder... Elle réfléchira à deux fois avant de jouer les Gossip Girlsans avoir demandé d'aide aux adultes et avoir fait une véritable enquête.

Choix 1

Vous voulez poursuivre l'histoire? Ou en discuter?

Choix 2

Vous voulez vivre une autre histoire?

scénario par

Florian, Yassir, Romane, Maud, Joan, Clea, Alix, Maëlie, Aedan, Axel, Célian, Mohammed, Oriane, Pauline, Naelle, Ahmet, Mehmet, Jasmine, Djena, Victor, Océane, lola, Sayan, Lilit, Joïss, Maxime

avec le soutien de

Catherine DAVID, intervenante de l'IFMAN, de l’équipe de vie scolaire Angélina RÉGINA et Sonia GARCIA, ainsi que les enseignants M. PERBAL et Mme. BIETZER de l’ensemble scolaire de Charles de Foucauld de Nancy.

mise en texte

Apolline Marie HUIN

illustrations

Jean-Michel & Iris PAJOT