Lorraine 8

Lorraine tente de s’expliquer avec Stéphanie

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La situation devient incontrôlable, ternissant considérablement l'ambiance au sein de son équipe tout comme dans son lycée. En désespoir de cause, Lorraine décide alors de demander une entrevue à Stéphanie pour qu'elles puissent se parler d'ado à ado pour mettre les choses au clair. D'une part, elle souhaite revenir sur des rumeurs particulièrement blessantes la touchant elle, en tant que victime. D'autre part, elle veut absolument assurer à sa meneuse qu'elle n'est pas du tout à l'origine des bruits parfois dégradants liés à la vie personnelle de sa rivale. Elle ne sait pas comment un simple mal-être a pu enflammer tant de ragots et devenir l'œil d'un cyclone de rumeurs. Elle propose à Stéphanie de se rencontrer un terrain neutre, dans un espace public, inadéquat aux querelles trop vives : le café situé à deux rues du lycée, fréquenté par beaucoup d'élèves entre deux cours ou en fin d'après-midi avant qu'ils ne rentrent chez eux. Stéphanie accepte de bon cœur car elle se sent outrée et outragée par les calomnies qui circulent sur elle ou sur son équipe. La meneuse souhaite entendre ce que Lorraine a à dire pour sa défense car elle la pense à l'origine de tout ce Chaos. Le lieu est accueillant et effectivement en partie occupé par des camarades de lycée installés pour bavarder tout en sirotant des diabolos, sodas ou chocolats liégeois pour les plus gourmand.es.


A leur entrée, les regards se tournent vers les deux adolescentes et certaines conversations cessent brutalement. Même celles et ceux qu'elles ne connaissent que de vue semblent connaître toutes les rumeurs qui courent sur l'une et l'autre et se montrent étonnés de voir les deux jeunes filles ensemble. Sans prêter attention aux murmures et aux regards inquisiteurs qui les suivent, Lorraine et Stéphanie s'installent l'une en face de l'autre, dans une sorte de petit box idéal pour les conversations délicates. Les visages des adolescentes sont fermés ; la tension est palpable et un silence gênant s'installe, glacé. Après que le serveur a reçu leur commande, deux thés à la menthe, Lorraine finit par se lancer. Elle explique son point de vue en revenant à la source du problème : son malaise au sein de l'équipe et son sentiment de rejet notamment de la part du groupe des meneuses. Elle poursuit en disant qu'Emma, d'ordinaire fort bonne médiatrice, s'était proposé pour être l'intermédiaire entre son amie et les quatre cheffes d'équipe mais que, le soir où Lorraine avait décidé d'envoyer Emma parler en son nom, elles n'avaient trouvé que Lucie, Sabrina et Manu car Stéphanie était exceptionnellement arrivée en retard à cause d'une interrogation tardive. Emma leur avait juste transmis son message concernant son impression d'être ignorée, voire mise à l'écart dans le jeu comme dans la complicité inhérente à une équipe soudée. Stéphanie semble atterrée et arrête son interlocutrice d'un geste de la main. "Euh... Ce n'est pas du tout ce que m'a dit Lucie quand elle m'a répété ce que lui avait dit Emma ! Elle m'a dit qu'Emma avait dit que tu te pensais meilleure joueuse que nous toutes réunies et que tu étais vexée de ne pas être la joueuse principale de l'équipe. Ensuite Manu a ajouté qu'elle avait entendu une fille de sa classe dire que tu pensais que mon copain sortait avec moi par dépit parce que tu lui avais dit non en début d'année. Alors, j'étais furieuse contre toi, forcément. Après ce que m'ont rapporté Lucie et Manu, j'ai commencé à entendre des tas de trucs sur toi, ton ancienne équipe, sur toi et Emma, sur moi, sur les autres filles de l'équipe et sur l'équipe elle-même. Le coach commence d'ailleurs à en avoir marre car il se rend bien compte que quelque chose ne va pas et il trouve que l'on joue de plus en plus mal. Il a raison, plus personne ne se fait confiance, ça se ressent sur le terrain... comme entre nous toutes, même entre amies d'enfance comme Lucile et Ariane qui ne se disent limite plus bonjour."


Lorraine est tout aussi perplexe de Stéphanie sur ce que d'autres leur prêtent comme propos. Les deux adolescentes décident de dresser une liste afin de passer en revue chaque racontar. Elles se promettent de se dire sincèrement si quelque chose est vrai, ou faux, si une part de l'une des rumeurs est fondée, si l'une ou l'autre a bien dit ceci ou cela, et, dans ce cas, à qui et dans quel contexte... Elles se sentent désolées que les choses aient dégénéré à ce point alors que trente minutes de discussion face à face auraient sans doute suffi pour que les tensions se calment entre Lorraine et les meneuses. Les intermédiaires créent parfois beaucoup plus de mal que de bien. Emma avait cru bien faire, et ses propos avaient été si rapidement déformés ! Les deux jeunes filles évoquent également les harcèlements dont elles sont victimes depuis que tout cela a commencé : Lorraine a reçu des messages sur les réseaux sociaux plein de haine de la part de certains élèves de son lycée supporters de l'équipe : elle les fait lire à Stéphanie qui tombe des nues. Certains lui disent qu'"une sale ritale comme elle n'a qu'à rejoindre sa famille de fachistes en Italie au lieu de foutre la merde dans partout où elle passe." Elle rappelle aussi à Stéphanie qu'Emma a été agressée, heureusement uniquement verbalement bien qu'elle se soit sentie en danger, par un groupe de garçons de la classe de Lucie et avait dû essuyer des insultes homophobes car on leur avait dit qu'elle et Lorraine étaient en couple. De son côté, Stéphanie vit sensiblement les mêmes choses. Elle est notamment harcelée sur internet avec des photographies d'elle détournées et partagées sur un faux profil de SmileBook - les modérateurs du réseau social ne semblent d'ailleurs pas très pressés de supprimer le compte frauduleux. Elles se promettent de tout faire pour que tout cela cesse même si, concernant les harcèlements divers et variés, à part les signaler et peut-être porter plainte, elles savent que seul le temps permettra aux fauteurs de trouble de se lasser ou de passer à d'autres victimes. Cependant, au sein de leur équipe, auprès de leurs amies et coéquipières, elles peuvent apaiser les tensions. Pour cela, il faudra qu'elles se montrent soudées et réconciliées afin de faire taire toutes les rumeurs sur leur discorde.


Le lendemain, avant le début de l'entraînement, elles demandent au coach si elles peuvent prendre la parole et parler à l'équipe quelques instants. Maxime accepte de bonne grâce constatant que les deux joueuses semblent enfin rabibochées. Stéphanie, en tant que meneuse, prend la parole la première et commence son discours en prononçant le nom de l'équipe tout en prenant la main de Lorraine en la levant bien haut afin que toutes puissent voir ce geste de complicité. Ensuite, elle explique que Lorraine et elle se sont expliquées et pourront répondre à toutes les questions à propos des rumeurs tournant autour de l'équipe et qu'elles répondront toujours toutes les deux, ensemble, afin qu'aucun propos ne soit déformé. Ensuite, laissant la parole à Lorraine, celle-ci explique que tout est parti du sentiment d'exclusion qu'elle avait ressenti et n'avait pas eu le courage d'exprimer elle-même auprès des meneuses ; elle s'excuse auprès d'Emma de lui avoir fait endosser le rôle de messagère alors qu'elle aurait dû prendre ses responsabilités. Les joueuses, interloquées au début de cette déclaration à deux voix, se détendent progressivement, se resserrent les unes aux autres sans même s'en rendre compte et se sourient spontanément.


Cette intervention était destinée à montrer à toute l'équipe qu'au-delà des différences de caractères ou des désaccords, le dialogue devait être au centre des interactions entre les joueuses, non seulement pour le bien de l'équipe mais aussi pour le bien de chacune et de chaque rapport aux autres. La solidarité dont Stéphanie et Lorraine avaient fait preuve avait démontré que l'esprit d'équipe était plus fort que les doutes et les suspicions. Après ce soir-là, le club retrouve son atmosphère chaleureuse et bienveillante : le jeu des joueuses s'améliore, chacune fait attention à ne pas exclure l'une ou l'autre et chacune prend la défense des autres en cas de « on-dit » médisants.

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scénario par

Florian, Yassir, Romane, Maud, Joan, Clea, Alix, Maëlie, Aedan, Axel, Célian, Mohammed, Oriane, Pauline, Naelle, Ahmet, Mehmet, Jasmine, Djena, Victor, Océane, lola, Sayan, Lilit, Joïss, Maxime

avec le soutien de

Catherine DAVID, intervenante de l'IFMAN, de l’équipe de vie scolaire Angélina RÉGINA et Sonia GARCIA, ainsi que les enseignants M. PERBAL et Mme. BIETZER de l’ensemble scolaire de Charles de Foucauld de Nancy.

mise en texte

Apolline Marie HUIN

illustrations

Jean-Michel & Iris PAJOT