Lorraine 11

Lorraine demande aux meneuses de lui expliquer comment elles forment les équipes

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Une fois seules toutes les cinq, Lorraine perd un peu de son assurance. Elle veut exprimer beaucoup de choses sensibles, dont beaucoup sont de l'ordre de sa subjectivité. Or, elle ne voudrait surtout pas risquer sa place dans l'équipe à cause d'un ressenti mal exprimé, d'une susceptibilité froissée (éventuellement la sienne d'ailleurs). Elle a soudain peur de paraître trop égocentrique. Elle hésite sur la manière de débuter son argument, se disant qu'en fait tout cela ne valait peut-être pas la peine d'être évoqué...


Stéphanie lui vient en aide en lui disant qu'elle peut leur parler librement : que les coéquipières sont là pour s'épauler et que, si elle a un souci, il faut qu'elle en parle. Même si elles sont pas très amies avec elle, elles restent toutes des membres d'une même équipe et peuvent donc se parler à cœur ouvert. Lorraine prend alors conscience de l'angle sous lequel placer ses propos : le fonctionnement de l'entraînement. Elle commence à exposer son malaise et son sentiment de rejet durant les entraînements. Stéphanie lance un regard d'intelligence à Emmanuelle qui répond par un petit signe de tête. Lorraine remarque l'échange silencieux, et reprend rapidement en expliquant que, dans son ancienne équipe, les choses fonctionnent différemment : lors des 3X3, les joueuses sont toutes tirées au sort afin qu'il y ait un roulement qui ne tienne pas compte des amitiés ou des différends et que chacune ait l'habitude de jouer avec tous les membres de l'équipe. Elle demande alors à ses meneuses de lui expliquer comment elles fonctionnent pour mieux comprendre la place qui lui est accordée ou non dans l'équipe. Elle termine en insistant sur le fait qu'elle se sent surtout déstabilisée et qu'elle ne veut que le bien de l'équipe.


Sabrina devant partir, elle remercie Lorraine de s'être exprimée, regrettant cependant qu'elle ne l'ait pas fait avant car cela aurait doute facilité beaucoup l'entente et la cohésion du groupe. Elle quitte ses coéquipières en disant à Lorraine qu'elle reste à sa disposition si elle souhaite continuer à parler de tout cela avec elle en particulier. Stéphanie et Manu entreprennent alors d'expliquer à la nouvelle venue comment elles forment les équipes. Elles pensent d'abord cohésion et complicité : elles choisissent effectivement en premier les filles avec qui elles aiment jouer, qu'elles connaissent par cœur et qui ont le plus de chance d'être sélectionnées pour les matchs. Dans un second temps, leur attention se porte sur les joueuses qui semblent en difficulté ou peu sûres de leurs compétences. Cela permet de les encourager et de les aider sur le terrain avec un jeu parfois très poussé. Enfin, les dernières à être choisies sont, comme Lorraine, souvent des joueuses aguerries qui n'ont pas besoin d'être tirées vers le haut puisqu'elles ont déjà un super niveau et qui semblent être sûres d'elles. Or, toute l'équipe était sûre d'une chose : de la confiance en elle-même de Lorraine !


La jeune fille est interloquée ! Paraît-elle donc si présomptueuse ? Elle qui doute en permanence d'elle-même ! Cela étant, elle comprend le point de vue des quatre meneuses qui agissent donc en vraies cheffes d'équipe. Elle n'avait jamais envisagé les entraînements de ce point de vue et se sent terriblement honteuse d'avoir prêté autant de malveillance et de fiel à ses coéquipières. En prenant bien soin de choisir ses mots, Lorraine s'excuse d'avoir si mal pris des décisions qui relevaient de l'esprit d'équipe. Son manque d'assurance, justement, lui avait fait comprendre la situation complètement de travers. Bien sûr, elle se considère comme une bonne joueuse, comme un très bon pivot... Cependant, elle n'est pas hautaine pour autant et elle ne se considère pas comme meilleure que les autres, Ariane notamment, excellent pivot. Elle avait eu l'impression horrible d'être reléguée à un rôle de débutante après toutes ses années d'efforts pour devenir une joueuse accomplie. Elle ne voulait en aucun cas désavantager l'équipe en prenant la place d'Ariane par exemple, très complice sur le terrain avec Stéphanie et Lucile, ailière, comme Emma. Manu éclate de rire en prévenant Lorraine qu'à présent elles risquent de se battre pour l'avoir dans leurs équipes afin de pouvoir la rassurer vu qu'elles savent qu'elle manque d'assurance ! Mais étant donné que la jeune fille connaîtra la raison de cet engouement soudain, l'effet escompté sera peut-être un peu atténué. Elle termine en disant qu'il faut qu'elle décolle car elle vient de voir l'appel de phares de la voiture de sa mère. Les filles se séparent alors en se promettant continuer à communiquer.


Lorraine se sent soulagée et légère. Sabrina a raison : il aurait fallu qu'elle ait le courage d'en parler beaucoup plus tôt. Cela étant, le dialogue a fait ses preuves et chacune a pu expliquer son rôle, son point de vue, son ressenti : tout est devenu limpide et tellement évident ! En y racontant cette conversation à ses parents, puis à Emma, puis à ses copines et anciennes coéquipières, Lorraine réalise également son auto-critique et constate qu'elle a tendance à garder ses amertumes pour elle-même, et à imaginer le pire sur ce que l'on peut penser d'elle. Or, grâce à une simple conversation de moins de trente minutes, elle va pouvoir s'endormir rassérénée et reprendre goût à ses chers entraînements. Par ailleurs, elle a découvert des facettes du caractère de ses quatre meneuses qu'elle ne soupçonnait pas et qu'elle apprécie beaucoup.

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scénario par

Florian, Yassir, Romane, Maud, Joan, Clea, Alix, Maëlie, Aedan, Axel, Célian, Mohammed, Oriane, Pauline, Naelle, Ahmet, Mehmet, Jasmine, Djena, Victor, Océane, lola, Sayan, Lilit, Joïss, Maxime

avec le soutien de

Catherine DAVID, intervenante de l'IFMAN, de l’équipe de vie scolaire Angélina RÉGINA et Sonia GARCIA, ainsi que les enseignants M. PERBAL et Mme. BIETZER de l’ensemble scolaire de Charles de Foucauld de Nancy.

mise en texte

Apolline Marie HUIN

illustrations

Jean-Michel & Iris PAJOT