Lorraine 10

Lorraine aborde son sentiment de rejet avec les meneuses

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Lorraine est un peu intimidée et se sent scrutée par les quatre meneuses de l'équipe à qui elle a enfin le courage de faire part de son malaise. Elle espère être claire, s'exprimer de manière à ce que personne ne prenne la mouche, et, surtout, ne pas s'énerver elle-même. Elle toussote nerveusement puis se lance : elle décrit son impression d'être mise à l'écart, notamment lors des entraînements et des propositions de mise en place de l'équipe pour les matchs amicaux lors desquels elle est parfois restée sur la touche. Devant les froncements de sourcils de Lucie et Stéphanie, elle continue en tentant de justifier son argumentaire en insistant sur le fait que c'est un sentiment très personnel mais de plus en plus prégnant, que cela la mine, alors qu'elle sait être une bonne joueuse et qu'elle pense être un atout pour sa nouvelle équipe.


Sabrina prend la parole. Comme elle doit les quitter quelques minutes plus tard afin de pouvoir attraper son bus, elle préfère répondre la première. Elle lui rétorque que, de l'avis général, si elle est effectivement un pivot efficace, solide et rapide, elle se montre aussi souvent très émotive, notamment pendant les matchs, se braque très rapidement et a tendance à afficher une attitude supérieure qui peut être interprétée comme du mépris envers les autres. Ses défauts ont tendance à faire de l'ombre à ses qualités qui mériteraient pourtant d'être développées, mais dans un état d'esprit teinté de plus d'humilité. Elle regarde l'heure, et continue, avant de se presser vers l'arrêt de bus situé à deux ou trois minutes de marche : "J'espère que tu ne le prends pas mal. J'ai peut-être été un peu brutale mais comme je dois me dépêcher, j'ai dû faire concis et aller droit au but. Essaye d'être plus cool, surtout avec toi-même d'abord d'ailleurs, je pense. Tu n'es là que depuis quatre mois. Respire un coup ! Et sois patiente ! Bon, je suis désolée mais je dois filer : on pourra en reparler en tête ou en groupe une prochaine fois. Bisous, les girls !!!"


Stéphanie prend le relai de sa coéquipière sur le départ : "Regarde, tu prends déjà ton expression butée et fermée, comme si on t'agressait. Ce que Sabrina a dit est un bon résumé de ce que l'on pense. Et je ne parle pas que de nous quatre. Ariane se sent parfois jaugée avec hauteur lorsque tu parles de son jeu alors qu'elle est, elle aussi, un excellent pivot. Elle joue avec nous depuis longtemps, nous connaissons ses réactions, ses faiblesses et ses points très forts sur le terrain. C'est pour cela qu'elle est généralement sélectionnée avant toi. Et elle ne fait pas la tête si on lui fait une critique. Toi, dès que l'on ose te dire que tu aurais dû te placer ailleurs, aider l'une ou l'autre, tu te fermes et tu dis à peine au revoir. Il faut revoir ton attitude au sein du groupe. Heureusement que tu es une bonne joueuse et que le coach sait te mettre à ton avantage sur le terrain parce que, sans cela, ce serait vraiment dur de t'intégrer. Je sais que ça doit être difficile de changer d'équipe surtout lorsqu'on y avait une place de choix - je crois que je mettrais du temps à m'y faire ! - mais il faut que tu te ressaisisses et que tu te montres plus forte sous la pression." Lucie prend la parole à son tour : "Je voulais juste rebondir sur une chose : tu es hyper émotive comme l'a dit Sab avant de filer : si tu craques pendant les entraînements comme cela t'arrive quand tu n'es pas satisfaite de la place qui t'est donnée ou quand tu rates une action ou un panier, franchement, comment veux-tu que l'on puisse avoir confiance si on doit jouer une rencontre décisive pour le club ? Mais c'est clair que tout le monde trouve que tu joues bien, tu as des compétences indéniables, mais ça ne suffit pas à bien s'incorporer dans une équipe : il faut parvenir à entrer dans la cohésion de l'équipe. Lucie ? Tu as quelque chose à ajouter ?" Cette dernière réfléchit un instant avant de regarder chacune et d'ajouter : "Je crois que presque tout a été dit, et je sais que ça ne doit pas être super agréable à entendre mais je voulais juste ajouter une chose : c'est super de ta part de venir nous parler de ton ressenti. En revanche, il aurait fallu que tu viennes nous voir plus tôt. Le fait que tu n'aies pas eu le courage ou la volonté de nous parler dès que tu as commencé à penser que tu étais rejetée prouve que tu ne nous fais pas vraiment confiance et que tu n'as pas réussi à te mettre à notre place. Bon, je pense que le principal c'est ce que tu sois là ce soir avec nous et que l'on puisse enfin mettre des mots sur nos émotions et impressions à toutes. Ce soir, c'était vraiment un super entraînement et je pense que tout le monde a ressenti plein de good vibes ; j'espère juste que tu ne t'es pas forcée à être sympa avec tout le monde. Si c'est comme cela tout le temps en tout cas, on va s'éclater à jouer à chaque fois et remporter un max de victoires, j'en suis certaine !"


Lorraine essaye de toutes ses forces de quitter son "air buté" pour garder un visage impassible et quitter les quatre jeunes filles en parlant avec une voix dénuée de "trop d'émotivité". Elle n'a pas su vraiment quoi répondre à ce qu'elle vient de vivre comme une douche de reproches glacés. Il faudra qu'elle prenne le temps de penser à toute cette conversation à tête reposée. Cependant, alors qu'elle marche pour se rendre au bureau de son père qui doit peut-être déjà l'attendre pour le retour à la maison, elle ne fait pas la part des choses : elle oublie les compliments glissés dans ce qu'a dit chacune des quatre meneuses, elle oublie qu'elles se sont exprimées comme des meneuses doivent le faire, elle ne garde au cœur que ce qu'elle prend pour des réprimandes brutales. Froissée et démoralisée, la jeune fille doute de pouvoir continuer à jouer dans l'équipe : elle craint de ne pas parvenir à se faire une place. Il faudra qu'elle en parle à Emma bien sûr, mais aussi à ses parents et à ses anciennes coéquipières. Á son ancien coach aussi : voir les choses par le truchement de quelqu'un à qui elle fait confiance pour faire preuve d'objectivité ne pourra que l'aider, surtout s'il lui faut passer par un exercice d'auto-critique difficile...

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scénario par

Florian, Yassir, Romane, Maud, Joan, Clea, Alix, Maëlie, Aedan, Axel, Célian, Mohammed, Oriane, Pauline, Naelle, Ahmet, Mehmet, Jasmine, Djena, Victor, Océane, lola, Sayan, Lilit, Joïss, Maxime

avec le soutien de

Catherine DAVID, intervenante de l'IFMAN, de l’équipe de vie scolaire Angélina RÉGINA et Sonia GARCIA, ainsi que les enseignants M. PERBAL et Mme. BIETZER de l’ensemble scolaire de Charles de Foucauld de Nancy.

mise en texte

Apolline Marie HUIN

illustrations

Jean-Michel & Iris PAJOT