Lorraine

Le déménagement a lieu le jour de ses 15 ans. La jeune fille est anxieuse de découvrir sa nouvelle région, la région dont elle porte le nom. Lorraine. D’origine italienne du côté de son père, l’adolescente connaît par cœur l’histoire de sa famille et son amour pour ces terres du Nord-Est de la France.

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Peu après la Grande Guerre, Antonello Buzzi, son arrière-grand-père était parti d’Italie pour trouver du travail dans les mines de ce territoire alors en pleine expansion sidérurgique. C’est alors qu’il avait rencontré Jeanne, une jolie jeune femme dont il était immédiatement tombé amoureux. Malgré les réticences de la famille de Jeanne, ils s’étaient mariés très rapidement après leur rencontre. Lors de la Seconde Guerre Mondiale, les époux avaient été évacués dans le Sud de la France où ils avaient fini par s’établir tout en entrant dans la Résistance. Une dizaine d’années après ces évènements tragiques, ils avaient fait le choix d'aller vivre en Italie, essayant de retrouver les derniers membres de la famille d'Antonello encore en vie. Leur histoire d’amour inconditionnelle et emplie de rebondissements était devenue légendaire au sein de la famille. Si Lorraine était née bien après leur mort, elle avait pu entendre ce récit un nombre incalculable de fois : sa grand-mère se plaisait à raconter comment ses parents s’étaient rencontrés un jour de pluie, combien ils avaient toujours été attachés à la région qui avait vu naître leur passion et avait connu tant de péripéties. Antonello et Jeanne étaient les héros de la famille.


Lorraine Jeanne Antonella avait été baptisée ainsi pour faire honneur à la rencontre de ses aïeux. Elle avait grandi entre le soleil de Perpignan, ville dans laquelle ses parents s'étaient bâtis chacun une belle carrière, et celui du Nord de l'Italie où elle passait des vacances dorées dans sa famille italienne. Lorsqu’elle avait appris que son père avait trouvé un poste d’ingénieur (en sidérurgie) dans le Nord-Est, elle avait, bien sûr, été attristée de quitter la chaleur occitane, mais elle était également étrangement excitée par la perspective de marcher dans les empreintes de ses aïeux. La jeune fille avait hérité le physique méditerranéen de sa famille paternelle : belle jeune fille au teint olivâtre et aux longs cheveux noirs, son visage était éclairé par des yeux verts, très clairs. Si Lorraine se démarque déjà par son allure et son visage aux traits rares, elle est également très grande ; une caractéristique provenant du côté paternel : 1m85 et elle n’a pas fini de grandir ! Très athlétique, elle avait choisi naturellement le basket comme activité sportive au collège. A moins que ce n’ait été le basket qui l’ait choisie comme se plaisent à dire ses parents. Durant ses années de collégienne, elle avait pu développer ses aptitudes sur le terrain grâce à une équipe soudée et énergique. Ses meilleures amies faisaient partie de l'équipe. Le poste de pivot, celui des joueuses grandes et musclées placées sous le panier afin de pouvoir faire entrer le ballon facilement dans le panier ou le récupérer pour le remettre dans le jeu, lui avait été attribué aisément avant même qu’elle ne devienne la plus grande de son équipe - et de toute sa classe, garçons compris dès la 4°.


Lorsque ses parents l’avaient inscrite dans son lycée lorrain, pour sa rentrée en seconde, ils avaient également fait toutes les démarches afin qu’elle puisse, durant les vacances d’été, faire des essais afin d’intégrer l’équipe de basket féminine du club réputé de sa nouvelle commune. Avec succès, elle avait fait ses preuves et avait reçu les félicitations chaleureuses de Maxime, le coach du club. Aussi est-elle à présent aussi impatiente qu’anxieuse d’intégrer son nouveau lycée, mais aussi et surtout sa nouvelle équipe. D'un naturel optimiste, elle prend cette expérience comme un nouveau départ plein de promesses.


Cela étant, Lorraine sait qu’elle est très rapidement remarquée où qu’elle se rende par sa taille et sa beauté dont elle est consciente et qui la gênent. Elle sait que ces atouts physiques peuvent être des facteurs de stress car ils en font la cible de jalousie et de harcèlements. Dès la sixième, beaucoup de filles l’avaient mise à l’écart, comme si elle ne pouvait que leur faire de l’ombre, et elle avait été la cible de réflexions mesquines et fielleuses ; les garçons, au contraire, avaient commencé à la solliciter parfois ouvertement pour des raisons bien peu vertueuses. Devant ses refus et son indifférence, beaucoup avaient été grossiers, insultants, voire menaçants. Assez rapidement, elle avait donc développé une méfiance instinctive dans ses rapports avec les adolescentes et adolescents de son entourage et avait parfois tendance à se braquer si elle décelait ce qu’elle prenait, à tort ou à raison, pour de la jalousie ou des arrière-pensées. Depuis des années, elle ne se sent réellement à l'aise qu'avec les membres de son équipe de basket et les adultes.


La famille est enfin installée et il ne reste qu'une nuit avant les rentrées scolaire et sportives : Lorraine va découvrir son lycée et commencer son entraînement dans sa nouvelle équipe. Impatiente, elle a préparé toutes ses affaires de sport depuis trois jours déjà et enchaîne les dribbles et les paniers dans l'espace que son père lui a aménagé près du garage de leur nouvelle maison. Elle va enfin pouvoir intégrer sa nouvelle équipe de basket et rencontrer celles qui seront sans doute ses nouvelles complices de jeux. Il s'agit d'une bonne équipe, dans un club plein d’avenir qui peut offrir des opportunités professionnelles aux meilleures joueuses de sa catégorie ! Cependant, quitter des copines, notamment Natacha, sa meilleure amie et partenaire sportive, son club et sa ville lui serre un peu le cœur… Sans compter l’appréhension d’arriver en seconde sans connaître personne. Le lycée est une étape importante, elle en est consciente ; en outre, elle sait qu’avec son physique, et en tant que « nouvelle », son début d’année sera peut-être compliqué. Mais, avec de la chance, ici, tout se déroulera bien, sans avoir à subir critiques, jalousies de la part des filles et avances déplacées de la part des garçons. Elle compte beaucoup sur sa nouvelle équipe dans laquelle elle espère découvrir des partenaires complices et des amitiés fidèles.


Après une première journée de cours ponctuée par la rencontre avec la plupart des professeurs - notamment un professeur de grec un peu farfelu et un enseignant de mathématique très strict qui firent beaucoup parler d'eux durant la pause déjeuner - et les membres de sa classe, son premier entraînement a enfin lieu. Lorraine est aux anges ! Tout se déroule bien : les filles sont sympathiques, surtout Emma avec qui elle est d'ailleurs en classe, et le coach lui semble d'emblée très efficace et plein d’entrain. Après avoir été présentée officiellement à sa nouvelle équipe, tout le monde s'échauffe et les filles sont invitées à se confronter sur le terrain en petites équipes de trois joueuses. L'ambiance est enthousiasmante. Lorraine semble s’intégrer facilement lors de cette première séance : elle rentre chez elle plus que ravie. Elle passe d’ailleurs plus d’une heure au téléphone avant le dîner avec sa nouvelle coéquipière et camarade de classe, Emma.


Malgré l’euphorie due à ses nouvelles rencontres, à sa complicité spontanée avec Emma et à un entraînement qui stimule son jeu et sa passion, Lorraine se sent petit à petit sur la retenue. En effet, elle commence à avoir l’impression désagréable de ne pas être véritablement prise au sérieux par les quatre meneuses de l'équipe. Les meneuses sont celles qui relaient les décisions du coach et qui sont censées instaurer plus que toutes autres l'esprit d'équipe et donner la place qui leur est due à chaque joueuse en fonction de ses aptitudes. Lorraine est pivot, située au plus près du panier pour ainsi marquer des paniers à courte distance, tout en étant également capable d'empêcher les adversaires de s'approcher du panier de son équipe : très grande, rapide et agile, cette place lui est dévolue depuis toujours et elle y excelle. Or, lorsque les meneuses doivent choisir les joueuses qui joueront à leurs côtés lors des 3x3[1]durant les entraînements elle est systématiquement appelée la dernière. Si, durant les premières séances, elle a trouvé cela normal puisqu’elle ne connaissait encore personne et devait faire ses preuves, à présent, elle se sent frustrée d'être systématiquement le dernier choix. Elle sait pourtant qu’elle est un bon élément et qu’elle gagnerait à être sélectionnée. Or, après plus d’un mois de jeu ensemble, aucune des quatre meneuses ne daigne l'appeler avant qu'elle ne soit la seule à ne pas été choisie.


Peu à peu, cette situation mine son moral. Elle se sent exclue et, malgré les conseils d'Emma qui l'encourage à être patiente, sa joie de vivre et son engouement pour sa nouvelle équipe commencent à s'obscurcir. Bien sûr, l’atmosphère parfois pesante de sa classe au lycée ne facilite pas les choses : certains garçons se montrent particulièrement pressants, et elle s'est presque battue avec un camarade qui lui avait mis une main aux fesses en entrant dans la classe. Le fait d'être, en outre, une très bonne élève, accentue encore certains comportements agressifs agrémentés de sous-entendus graveleux quant à ses relations avec les professeurs masculins. Elle s’y attendait, elle s'y était préparée. Mais elle ne pensait jamais se sentir mise de côté au sein de son équipe sportive. Dans le club de basket dont elle faisait partie avant son déménagement, elle avait, au contraire, été très populaire grâce à ses prouesses et elle y avait trouvé de vraies amies ainsi qu'une solidarité à toute épreuve. Le sport avait toujours été son refuge. Grâce à cette pratique, elle avait trouvé confiance en elle, était parvenue à apprécier son physique car il lui donnait une place à part entière en sein d'un groupe : elle avait trouvé un cadre dans lequel s’épanouir. Mais, à présent, son univers semblait se déséquilibrer totalement.


La nuit porte conseil dit-on... Le lendemain, Lorraine se décidera à parler très sérieusement de ce sentiment de rejet à Emma. Elle s'entend vraiment bien avec elle et passe de longues heures au téléphone avec elle après les cours ou les entraînements. Elles sont devenues des confidentes très spontanément et Lorraine aime la tempérance dont sait fait preuve son amie - qualité qui lui fait parfois défaut, elle le sait. Dans son ancien club, elle se serait sans doute confiée à son coach, mais, étant nouvelle et ne souhaitant pas mettre de l'huile sur un feu qui semble déjà gronder, elle hésite à aller voir directement Maxime qui semble bénéficier de la confiance aveugle des meneuses.


[1]Exercices lors desquels trois joueuses jouent contre trois autres.

Choix 1

Lorraine décide de parler à Emma de son sentiment de rejet

Choix 2

Lorraine décide de parler de son sentiment de rejet au coach