Juliette 9

Même si Juliette n’a pas très faim après son festin mère-fille, elle se prépare pour le repas du soir dans la salle commune.

press to zoom

press to zoom
1/1

Reconnaissante pour ces bons moments passés avec Charlotte, malgré leurs errances pour trouver le bon restaurant, elle entre dans son petit appartement. Ces errances lui ont rappelé combien elle était à présent fragile et dépendante et lui laisse tout de même un petit goût amer dans l’âme. Toute cette expédition, la réminiscence de tant de beaux souvenirs ainsi que le repas copieux ont cependant rapidement raison de Juliette qui s’allonge pour faire la sieste promise à sa fille. Elle programme une alerte afin de se réveiller à l’heure du dîner afin d’y rejoindre, dans la salle commune, Claudette et d’autres résidents dont elle apprend à faire la connaissance.


Après une heure de sommeil réparateur, Juliette se sent mieux et chasse le sentiment de spleen qui a tendance à l’envahir lorsqu’elle se retrouve seule dans ce nouvel environnement après avoir reçu de la visite ou être partie en excursion avec sa Charlotte. Quoi de mieux pour retrouver le sourire que de s’apprêter pour le repas du soir en repensant à leurs bons moments ? Elle chasse donc le léger désarroi qui lui fait tourner la tête à chacun de ses réveils dans ce petit espace qu’elle ne considère pas encore comme étant son chez-elle. Face à son armoire, elle se décide pour sa belle robe bleue, sa préférée. Après quelques contorsions, elle parvient à fermer et bien ajuster le vêtement. Elle boitille ensuite jusque sa salle d’eau et entreprend de se farder et d’appliquer son rouge à lèvres carmin. Pour finir, elle recoiffe sa mise en plis quelque peu mise à mal par sa sieste. Il lui manque un miroir en pied pour juger de l’effet d’ensemble. « Où est ma liste d’achats à faire et d’objets à me faire rapatrier ? Outch… Ah voilà ! Alors, voyons… Serviettes bleues, miroir en pied (celui qui était dans l’entrée de la maison), Charlotte saura duquel il s’agit… Bon, je ne devrais pas être trop mal tout de même. Je vais être un petit peu en retard pour le dîner mais il faut ménager mes effets ! » Elle rit intérieurement de sa coquetterie, se munit de son petit sac à main pour y ranger son smartphone et sa clef puis empoigne Dédé.


Au moment où Juliette verrouille sa porte à double tour comme toujours, vérifiant deux fois si tout est bien fermé, Claudette ouvre sa fenêtre et appelle Lila, sa petite chatte, partie en vadrouille chasser quelques moineaux et faire la sieste au soleil durant l’après-midi. « Lila ! Pupuce ! Lila jolie ! Te voilà ! Allez, zou, on rentre ! Ton bol de croquettes est plein. Oh oui, tu es belle… Je te laisse le temps d’aller dîner. » Remarquant la présence de sa voisine, elle ajoute « Oh ! Juliette ! Je ne t’avais pas vue ! Quelle jolie robe ! Eh bien, Madame s’est faite toute belle à ce que je vois. Tu es rayonnante. » Le courant était passé très rapidement entre les deux femmes : se découvrant de multiples points communs, le tutoiement s’était imposé de lui-même entre deux conversations sur les plantes aromatiques et les peintures de Monet. « Merci, très chère ! Dépêche-toi de me rejoindre : nous allons être en retard et il faut que je te raconte ma bonne journée, même si je suis tout de même indignée de constater que les restaurants ne sont toujours pas tous aux normes pour les pauvres petites vieille comme nous. Mais attendons d’être attablées, il faut que je me concentre sur notre trajet pour ne pas prendre les roues de Dédé dans une plate-bande ou je ne sais quoi. »


Les résidentes et résidents que connaît déjà bien Claudette les attendent à une table. Juliette n’a pas vraiment faim après le déjeuner très copieux durant lequel elle aurait goûté toute la carte si elle avait pu. Elle prend plaisir à expliquer à Claudette et ses nouvelles connaissances pourquoi elle manque d’appétit ce soir-là. Ayant toujours eu un véritable talent de conteuse, elle se lance dans le récit d’une véritable épopée à travers la ville en quête d’un établissement apte à l’accueillir : son récit fait état d’au moins cinq restaurants dont elle et sa fille furent, sinon expulsées sans ménagement, du moins engagées poliment à trouver un autre endroit où déjeuner afin que Madame puisse trouver toutes les commodités appropriées à son état… La chute de la saga est bien sûr la découverte du meilleur restaurant dans lequel elle ait jamais mangé ! Avec force mimique, imitant les attitudes et les voix des personnages prétendument rencontrés, elle déclenche rapidement l’hilarité de toutes les personnes attablées à ses côtés. Puis elle évoque l’amour et la complicité de sa fille avec tendresse. Enfin, alors que le dessert est servi aux résidents, elle est pressée par Claudette, qui a pris la savoureuse habitude d’écouter ses souvenirs de voyages, de leur évoquer l’un de ses périples. Aussi Juliette se lance-t-elle dans la description de ses périples en Amériques du Sud et dans les îles Caraïbes. L’atmosphère est légère de rires et de plaisanteries. Juliette se sent alors un peu plus chez elle. C’est loin d’être parfait, mais revivre sa si bonne journée en la contant et être écoutée, se sentir acceptée à cette table dont elle ne connaît presque personne lui donnent du baume au cœur et apaisent son sentiment d’isolement. Le dîner terminé, Claudette l’invite chez elle pour une partie de scrabble. Roger sera un troisième joueur ce soir-là. Ce Roger est un ancien violoniste virtuose de très bonne compagnie ; elle l’entend jouer certains après-midis quand elle s’installe pour lire sur sa terrasse, la petite Lila sur les genoux en guise de chaufferette. Elle se réjouit de terminer ainsi cette bonne journée : la vie ici finira peut-être finalement par devenir agréable...

Choix 1

Vous voulez poursuivre l'histoire? Ou en discuter?

Choix 2

Vous voulez vivre une autre histoire?

scénario par

Mme Gaudé Jacqueline, Mme Obriot Renée, Mme Gasquere Yvonne, Mme Kahl Madeleine, Mme Cereda Andrée, M. Nicolas André, M. Berne Michel, Mme Becker Léa

avec le soutien de

l'animatrice du GIP Grandir et Vieillir en pays de Colombey

mise en texte

Apolline Marie HUIN

illustrations

Constance HUIN