Juliette 8

De retour, Juliette décide de rester dans sa chambre pour se reposer et de rester seule avec ses souvenirs.

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Juliette rentre dans sa chambre, range Dédé près de la petite bibliothèque faisant également office de meuble de télévision, et s’assoit précautionneusement dans le fauteuil de son tout petit salon. Elle regarde autour d’elle. Son regard s’arrête sur quelques photographies de famille exposées à proximité. Aussi se prend-elle à sourire avec mélancolie au visage de son Edmond, à celui de sa Chacha enfant riant aux éclats dans les bras de son père. Elle sèche une larme en regardant les images de joie figée de ses petits-enfants, Alexandrine et Timothée, qu’elle ne voit que très rarement car la première vit à Paris tandis que son cadet est parti travailler en Grèce. C’est aussi avec un pincement au cœur, qu’elle se rappelle qu’elle aurait dû, ce jour-là, aller acheter un cadeau pour la petite Suzanne, la fille de Timothée, qui va bientôt fêter ses 3 ans : « Il va falloir que je l’envoie dans un colis recommandé alors que j’aimerais tellement pouvoir lui offrir son présent de mes propres mains et embrasser ses bonnes joues. Il va falloir attendre les fêtes de Noël pour les serrer tous bien fort dans mes bras de pauvre petite vieille. » Soudain, elle se sent vide, éteinte, puis submergée par une profonde émotion de désarroi. Où sont donc passés tous les objets collectionnés avec son Edmond au gré de leurs voyages ? Dans des cartons qui, peut-être, seront oubliés dans une cave ou un grenier, prenant l’humidité ? Et que va donc devenir leur belle maison et son grand jardin qu’elle a passé des dizaines d’années à embellir ? Tout lui semble vain et futile. Le silence, la petitesse du lieu, le manque d’objets personnels, le souvenir de la voix de son Edmond qui s’évapore, ses jambes endolories… et ce fichu Dédé qui la nargue près de la porte ! Oppressée par ce déracinement, Juliette sent ses yeux la brûler de larmes de lassitude et de solitude. Chacun a sa vie à présent, et, elle, elle n’est plus que la vieille mamie de la famille qui décline et ne peut même plus vivre chez elle, au milieu de ses petits trésors, dans son cher jardin, profitant de la vue sur la campagne. Ici, bien sûr, ce n’est pas si mal, comme elle l’a dit à Charlotte lors du déjeuner. Mais cela est plus facile à penser quand on est justement à l’extérieur avec ses proches.


Afin d’empêcher ses pensées de sombrer dans la noirceur et la frustration, elle soupire et tente de se plonger dans le recueil de nouvelles japonaises d’Haruki Murakami, « Des hommes sans femme. » Les yeux rivés sur la couverture du livre, elle pense que même le titre de l’ouvrage la rend triste : elle se dit qu’elle est devenue « une femme sans homme », destinée à mourir à petit feu entre ces quatre murs. Il lui faut faire le deuil de sa vie, de sa maison, de son autonomie. « Je n’aurais plus toute ma tête, comme la pauvre Nanon du bâtiment d’en face, qui vient nous voir presque tous les jours, Claudette et moi, pour nous dire avec excitation qu’elle va nous présenter sa fille qui doit venir la chercher afin de la ramener chez elle… alors que personne ne vient jamais la voir et qu’elle est abandonnée ici. Si j’étais comme cette pauvre Nanon, j’éprouverais de l’espoir dans ma démence ! Mais, à présent, que puis-je donc espérer pour ma pauvre carcasse ? Quelques parties de scrabble avec une mamie aussi perdue que moi ? » Résignée, Juliette se lève péniblement appuyée à sa petite table pour atteindre son ordinateur : elle décide d’envoyer un mail à ses petits-enfants afin de prendre de leurs nouvelles et de leur demander des photographies récentes de chacun. Elle ne veut pas supplier mais souhaiterait de tout son cœur qu’ils trouvent un moment pour la contacter « en visio. » La vie sépare les générations et éclate les familles parfois à travers le monde. Heureusement que Charlotte est restée là et continue à être aussi présente. Juliette espère ne pas être devenue une charge pour sa fille, un fardeau trop lourd à gérer.


A cet instant, le smartphone de la vieille femme émet le « biiip » aigu indiquant l’arrivée d’un sms : affligée, les larmes aux yeux, l’esprit embrouillé par toutes ces pensées déchirantes, elle ouvre le message. Pleurant d’émotions contradictoires, elle découvre alors un petit mot plein d’amour accompagné d’une photographie montrant la petite Suzanne l’air réjoui dans les bras de son père.

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scénario par

Mme Gaudé Jacqueline, Mme Obriot Renée, Mme Gasquere Yvonne, Mme Kahl Madeleine, Mme Cereda Andrée, M. Nicolas André, M. Berne Michel, Mme Becker Léa

avec le soutien de

l'animatrice du GIP Grandir et Vieillir en pays de Colombey

mise en texte

Apolline Marie HUIN

illustrations

Constance HUIN