Juliette 1

Juliette, nonagénaire pétillante dont l’autonomie diminue : Une décision difficile s’impose alors...

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« Outch ! Dédé s’est encore pris une patte dans le tapis de l’entrée… Non mais quand j’y pense ! Et voilà ! Bravo ! Saleté de machin ! Il a encore fait un pli dans le coin de ma carpette ! Si je commence à fabriquer des pièges à déambulateur dans la maison à cause de ma maladresse… Où va-t-on ?! » Juliette tente de piétiner comme elle peut le tapis de l’entrée de sa maison afin de venir à bout du pli récalcitrant dans lequel elle bute systématiquement avec son cadre de marche rapidement surnommé Dédé après qu’elle a été forcée d’en faire l’acquisition. Encore irritée par cette mésaventure récurrente, Juliette parvient dans sa cuisine et se déride à la vue du gros bouquet de roses qui trône fièrement sur la table : « Elles tiennent vraiment bien ! Et qu’elles sentent bon ! » se dit-elle en plongeant son visage au milieu des fleurs.

Elle a fêté son anniversaire le week-end précédent : 92 ans ! Si ses jambes n’étaient pas devenues aussi raides et douloureuses après sa chute deux ans auparavant, elle serait encore à trottiner allègrement dans son intérieur et pourrait encore profiter de ses promenades tant aimées ; à présent, se rendre à la boulangerie, sur la place du village, à deux rues de chez elle est devenu toute une aventure. Sans ses vilaines jambes, elle pourrait encore danser ! Comme dans les bras de son Edmond. Son Edmond… Comme il lui manque ! La maison n’est plus la même sans lui. « Ce n’est pas dans les bras métalliques de Dédé que je peux virevolter et aller au dancing. Mon Edmond, lui, il savait me faire danser ! Et il ne se prenait jamais les pieds dans le tapis. » Elle tapote la poignée de son rollator d’une main résignée avant de vider le petit panier dont il est équipé : une baguette de pain encore chaude, des feuilles de basilic odorantes et un beau citron. Les commerces de son village ferment tous les uns après les autres, surtout depuis une dizaine d’années, et il ne reste plus que la boulangerie qui a mis en place un rayon, certes réduit, mais faisant office d’épicerie. Soupirant avec lassitude, elle se dirige vers le réfrigérateur. Sa fille, Charlotte, a pris l’habitude, depuis quelques temps, de lui apporter deux fois par semaines des repas préparés à l’avance dans des barquettes à réchauffer au micro-onde, micro-ondes qu’elle lui avait offert « pour l’aider». « Le micro-ondes… Non mais franchement ! Je ne suis pas invalide au point de ne pas réussir à réchauffer un repas moi-même ! Cet engin est indigne d’une cuisine digne de ce nom. » Juliette allume alors la radio afin d’écouter l’une de ses émissions culturelles favorites tout en « cuisinotant». « Cuisinoter, » un néologisme qu’elle avait inventé grâce aux barquettes de Charlotte. Comme il est intolérable d’utilise le four à cuisson rapide, elle prenait plaisir à réchauffer les petits plats de sa fille par elle-même, à la poêle avec une bonne noisette de beurre et à les assaisonner avec épices exotiques et ses chères petites herbes fraiches. Elle mettait un point d’honneur à faire pousser elle-même ciboulette, thym ou coriandre. « Charlotte cuisine bien mais elle ne met jamais assez de saveurs… Enfin… Elle fait ce qu’elle peut, elle m’aide bien tout de même, ma Chacha. »

Charlotte l’aide effectivement beaucoup mais Juliette ne peut pas lui demander d’être présente tous les jours et se refuse à faire trop appel à elle. Elle ne supporterait d’ailleurs pas longtemps de l’avoir trop « dans les pattes, »ni dans celles de Dédé : elle a besoin de son indépendance même si depuis quelque temps, surtout depuis que son Edmond est parti, elle doit se l’avouer, tout n’est plus à sa portée. La maison est grande et est devenue bien vide, d’autant plus qu’elle ne peut plus monter à l’étage à cause des difficultés motrices dont elle souffre depuis sa chute advenue justement en descendant ces maudites marches. Depuis lors, Charlotte et Gilles, son époux, l’avaient aidée à aménager son rez-de-chaussée en transformant une partie du salon en chambre ; une aide-ménagère vient également deux fois par semaine pour faire son ménage et s’occuper un peu de son beau jardin. Si Juliette est reconnaissante de tout cela, elle est aussi bien triste d’avoir à renoncer à son espace, à ses passe-temps, et même à une grande partie de ses photographies et objets, souvenirs de son long et heureux mariage, devenus inaccessibles à l’étage, exposés à la poussière et à l’oubli.

Son déjeuner terminé, Juliette s’installe dans son salon - la partie du salon qui ressemble encore à un salon ! Elle ne s’y fera jamais ! - pour téléphoner, comme tous les mercredis, à son amie Germaine. Cette dernière vit dans un village à une vingtaine de kilomètres du sien. Bien trop loin pour se rendre visite mutuellement depuis plusieurs années. Heureusement, le téléphone permet de pallier ce problème et de conserver leur habitude de prendre de leurs nouvelles chaque semaine : depuis plus de 20 ans, ces entrevues puis ces appels scandaient la vie des deux amies, seules survivantes de leur petit groupe d’amies férues de scrabble. Après quelques sonneries, une voix masculine répond. Au grand étonnement de Juliette, c’est Guy, le fils ainé de Germaine qui lui répond. « Guy ?! C’est bien toi ? Mais que fais-tu dans les parages ? Germaine ne m’avait pas dit que tu devais venir de ta lointaine Toulouse ! » Le fils de son amie lui répond d’une voix tendue mais se voulant rassurante qu’il a dû venir d’urgence aider sa mère car la maison avait été cambriolée. « Ma mère va bien mais a été très secouée. Elle était dans la maison lorsque cela s’est produit. Les voleurs étaient deux et ils l’ont menacée tout en emportant tout ce qu’ils pouvaient, tous ses bijoux, même de petits objets sans grande valeur autre que sentimentale… Je vais vous la passer mais elle doit se reposer. Elle est vraiment très chamboulée… Prenez bien soin de vous, Juliette, et faites bien attention, une femme seule de votre âge, sans vouloir vous manquer de respect, » ajouta-t-il connaissant de longue date la coquetterie de la vieille dame, « doit être sur ses gardes par les temps qui courent. »

Quelle nouvelle !!! Juliette est bouleversée. Les paroles de sa fille lui reviennent alors en mémoire : « Maman, il faut être raisonnable. Tu ne pourras pas indéfiniment rester dans cette maison toute seule. Si tu n’avais pas eu ton téléphone à portée de main lorsque tu es tombée dans les escaliers, imagine ce qui aurait pu se passer ! Je me fais du souci pour toi, tu sais bien que je ne dis pas cela pour te rendre triste. Mais tu sais aussi que je ne peux venir te rendre visite que deux fois par semaine, je vis tout de même à presque 40 minutes de route et je ne suis plus toute jeune non plus. » Peut-être est-il donc temps de quitter le joli nid qu’elle avait passé tant d’années à remplir de trésors et d’amour avec son Edmond ? Mais comment s’y résigner ? Et où aller s’installer ? « Je ne veux pas finir dans un mouroir pour vieux débris inutiles… Avec tout ce que l’on entend sur les maisons de retraite ces derniers temps… » Malgré ses appréhensions, elle allait devoir se résigner à en parler avec Charlotte. Mais avant de s’entretenir avec sa Chacha, Juliette veut un peu chercher par elle-même grâce à son ordinateur portable qu’elle met un point d’honneur à utiliser chaque jour : elle est très fière de savoir l’utiliser sans aide. Il lui permet de visiter des sites internet consacrés au jardinage ou, plus rarement, d’appeler ses petits-enfants « en visio. » Avec autant de détresse que de détermination, elle ouvre son moteur de recherches qui va, cette fois, lui servir à se renseigner sur les EHPAD de sa région.

- Qu’est-ce que tu fais là ? Me dit-elle, le regard hautain. Tu crois vraiment que ta place est dans ce genre de magasin ?

Choix 1

Trouver un EHPAD seule est compliqué, heureusement sa fille Charlotte peut l’aider

Choix 2

Juliette souhaite se débrouiller seule pour entreprendre les démarches pour choisir un EHPAD à sa convenance.