Charlie 8

Elle assume son choix et va se baigner.

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Convaincue par la bonne humeur de ses amies et leurs arguments indéniables, Charlie se déride et suit ses amies dans l’eau. Elle laisse d’abord les vaguelettes lui lécher les pieds avant de s’enfoncer dans la mer jusqu’aux genoux puis à la taille. Saisies par la fraicheur de l’onde, Eléonore et Camille poussent de petits cris perçants qui se terminent en trilles de rire. Les trois amies s’éclaboussent, s’ébrouent et échangent leurs impressions sur les garçons qui jouent au ballon sur le rivage. Dans l’eau, entourée de sourires et des adorables Siamoises, Charlie oublie son poids, sa poitrine déjà généreuse et le pli de son ventre. Elle n’est qu’une ado de quinze ans qui oublie ses problèmes sous un soleil radieux en compagnie de nouvelles copines de classe qui ne semblent pas avoir remarqué les kilos qui auraient pu les séparer.


Alors que les jeunes filles insouciantes et joyeuses s’amusent à ramasser des coquillages et des galets aux couleurs ou formes étranges, Mattéo et ses compères les dépassent en braillant des sortes de vocalises de leur voix aigües en pleine mue. Tout d’abord, Charlie et ses amies n’y prêtent pas attention, leur jetant simplement un regard un peu agacé. Toutefois, les garçons insistent dans leurs couinements modulés tout en se jetant dans l’eau de tout leur poids et en regardant ostensiblement la petite grosse de la classe. C’est alors que Charlie comprend ce que tente de mimer la bande d’adolescents : le chant des baleines ! Il s’agit donc encore d’une attaque mesquine et gratuite du provocateur de la classe. Tout d’abord blessée, la jeune fille se tourne vers Eléonore et Camille qui, dans un geste protecteur, la prennent par les épaules pour lui témoigner leur soutien. Charlie, forte de cette marque d’amitié, décide de ne pas se laisser faire. Faisant face au groupe de gamins hilares, elle lance à Mattéo : « Si je suis une baleine, moi, au moins, je ne dégage pas une odeur de poisson avarié ! Tu sauras que, dans la mer, si l’on trouve des cétacés, on trouve aussi des thons ! » Les camarades qui assistent à la scène éclatent de rire alors que le visage de Mattéo se décompose. Il était de notoriété publique, au sein de la classe -surtout chez les filles-, qu’une odeur assez forte émanait de l’adolescent aux cheveux gras. Tout en s’esclaffant, Camille appelle alors les autres élèves à aller « couler » Mattéo et ses amis. Une joyeuse bagarre poséidonienne s’engage entre les deux camps : chacune et chacun tentent de se faire tomber, s’éclaboussent, se passent la tête sous l’eau. Petit à petit, Mattéo se fait dépasser par le nombre, il peine à reprendre le dessus d’autant plus que ses chers courtisans finissent par le laisser se débrouiller seul.


Le garnement finit par demander grâce. Charlie demande à tout le monde de se calmer mais lorsque son persécuteur se remet sur pieds pour sortir de l’eau, elle se dresse face à lui de toute sa stature. Elle ose même se rapprocher tout près de lui, le regarde de haut et lui dit qu’il « ne fait pas le poids » face à elle ! Abasourdi par cette boutade et l’autodérision dont fait preuve sa victime, il marmonne un semblant d’excuse tout en tentant de ricaner sans conviction. Ses camarades se moquent de lui et il sort de l’eau, penaud, ravalant son air crâne. Les Siamoises félicitent Charlie pour sa répartie inattendue et l’assurance dont elle vient de faire preuve. Plusieurs camarades lui adressent des signes de sympathie avant de regagner leurs serviettes car il est alors l’heure de retourner à l’hôtel et de se préparer pour le dîner. Sur le chemin du retour, Nathalie, toujours aussi élégante et soignée comme si l’air marin n’avait pas pu avoir une quelconque prise sur sa coiffure, l’air un peu hautain comme à son habitude, rattrape Charlie et lui tapote l’épaule pour attirer son attention. Avant de la dépasser, elle lui adresse un clin d’œil accompagné d’un signe de pouce en l’air approbateur en chuchotant « Bien envoyé !!! Chapeau, voisine de chambre ! »


Cette marque de respect de la fille la plus populaire de la classe laisse la jeune fille interloquée. Cela contribue à la réussite de cette journée pourtant difficile. Les épreuves du maillot de bain, de la baignade, les brimades de Mattéo et ses amis, de sa résistance face aux railleries ont été épuisantes. Elle se sent fière d’avoir pu tenir tête au groupe de garçons pleins de fiel mais elle ressent également tout le poids de ses complexes et toute la charge mentale des blessures dues à son physique. Elle ressent une oppressante envie de manger : à moitié pour se récompenser d’avoir été courageuse, à moitié pour se punir d’être ce qu’elle est. Ces sentiments ambivalents sont lourds à porter et ses nouvelles amies se rendent bien vite compte que malgré ses sourires, Charlie est troublée. Eléonore lui assure qu’elle peut tout leur dire et être naturelle avec elles. Durant le dîner, la ronde adolescente commence à se confier sur ce qu’elle vit au sein de son foyer et des brimades qu’elle essuie quotidiennement de la part de sa mère et de sa sœur. Plus tard, elle se promet d’essayer de leur expliquer comme elle peut ses envies irrésistibles de manger, ses angoisses et ses espoirs. Malgré les incidents du début de ce séjour, elle découvre la certitude d’être acceptée telle qu’elle est par certain.es de ses camarades.

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scénario par

Tristan, Perrine, Pauline, Charlotte, Maëlle, Louna, Justine

avec le soutien de

la documentaliste du collège Jacques Gruber Maya YASRI.

mise en texte

Apolline Marie HUIN

illustrations

Benjamin BERTHOLIN