Charlie 7

Charlie décide de se confronter à Nathalie

press to zoom

press to zoom
1/1

Charlie en a assez. Sous les dehors sympathiques de Nathalie, elle est certaine d’avoir saisi la fausseté et l’affront. Elle repose ses t-shirts et regarde la belle jeune fille bien en face. En silence. Nathalie se sent quelque peu interdite et hausse les sourcils d’un air interrogateur. « Qu’est-ce que j’ai dit ? Tu veux le lit du haut ? Tu es sûre ? Moi, je proposais ça comme ça… » Charlie inspire profondément, et, le plus posément possible, malgré la colère qui fait trembler ses mains, elle lui rétorque : « Déjà, ce n’était pas une proposition : tu me sors ça, comme une évidence. Donc, vas-y, exprime-toi, que voulais-tu sous-entendre ? Tu penses que, si je prends le lit du haut, il va s’effondrer sur toi pendant la nuit parce que je suis trop grosse ? Vas-y, ose-le dire ! Je sens que tu en meurs d’envie. Les fabricants de meubles sont prévoyants, tu sais. Tout le monde ne porte pas du 34 comme toi !? Qu’est-ce que tu imagines ? Que je pèse tellement lourd qu’un lit d’hôtel ne pourra pas supporter mon gras ? Que je vais déborder ? Sérieusement, ça me saoule tout ça, les réflexions de tout le monde, tout le temps ! Ras le bol ! »


La sublime Nathalie a perdu de sa superbe. Elle demande alors d’une petite voix ayant perdu son aplomb habituel : « Tu préfères dormir sur quel lit ? Je ne voulais pas te manquer de respect. Je suis désolée si je t’ai blessée… Je t’assure que ce n’était pas mon intention. » La jeune fille qui, d’ordinaire semble si sûre d’elle, ressemble à cet instant à une petite fille prise sur le fait d’une grosse bêtise. Charlie prend conscience qu’elle a peut-être été un peu déplacée à son tour : sa paranoïa, nourrie des quolibets qu’elle reçoit quotidiennement, l’a emporté sur une situation finalement peut-être sans a priori. D’un ton radouci : « Je vais dormir en bas. Le lit du haut ne s’effondrerait sans doute pas mais j’avoue que je n’ai pas envie que tu me voies me tortiller comme une grosse chenille pour y grimper : tu ne t’en remettrais pas ! Et moi non plus ! » Elle éclate de rire sur ce trait d’autodérision. Sa camarade se détend et se prend à rire aussi. Se rapprochant de sa compagne de chambre, cette dernière ajoute à voix basse, comme si elle lui confiait un secret : « Et bien, je préfère te prévenir : fais attention parce que, comme je serai au-dessus de toi, si tu m’embêtes pendant le séjour, je pourrais peut-être bien te péter dessus pendant la nuit !? Haha ! Qui sait !? » La jolie adolescente que Charlie avait toujours vue si élégante, sérieuse à force de se montrer parfaite à tout moment, pouffe de rire en se retournant pour ranger l’une de ses robes. Charlie est presque choquée de la répartie inattendue de sa colocataire ! « Toi !? Péter !? La princesse du lycée !? Ah ben bravo ! Je pensais que les princesses étaient totalement hermétiques ! Mais si tu me prouves le contraire, j’aurai des dossiers sur toi ! J’avoue que je ne m’attendais pas à ça de ta part ! Hihi ! » Les deux adolescentes explosent du rire des jeunes gens qui ne sont finalement pas encore sortis de l’enfance et de leurs plaisanteries, certes faciles, mais ayant la vertu de détendre ce genre d’atmosphère. Nathalie sait se montrer étonnante : Charlie comprend que sa comparse est parfois maladroite, sans être volontairement méchante. Il faut qu’elle se départisse de ses propres a priori envers sa compagne de chambre imposée. Le mal ne se cache ni partout ni chez tout le monde : le séjour en sa compagnie sera finalement peut-être très agréable.


Une série de petits coups frappés à la porte interrompt leurs rires et leur rangement. Charlie pause sa pile de t-shirts dans l’armoire et va ouvrir, le visage un peu rouge d’avoir ri, l’air réjoui. Son sourire se fige face au buste du visiteur. Elle lève lentement le regard, jusqu’à renverser totalement la tête, afin de pouvoir voir le visage d’Antoine. Ah ! Antoine ! Elle cesse de respirer et bredouille un pauvre « Ah, tiens… C’est toi ? Euh… Salut… Euh… Ben entre… » Antoine est l’Apollon de la classe ! Du lycée ! De la ville ! Peut-être même de la région ! Il est d’ailleurs champion régional de triathlon, d’où le souffle coupé de Charlie face aux pectoraux du jeune homme, pectoraux moulés dans un t-shirt sur lequel il porte une chemise ouverte. Décontracté et élégant à la fois, c’est tout lui. Antoine a déjà le corps d’un jeune homme. Il ne s’agit pas d’un garçon malingre à la peau boutonneuse ou d’un adolescent en pleine mue tant de voix que de formes ! Non ! Il s’agit d’un athlète de haut niveau, d’1m85, à la voix de basse, à la peau caramel et aux yeux verts dus à un parfait et improbable métissage antillais-suédois. Par ailleurs, Antoine est charmant, galant, posé et plutôt cultivé. Toutes les filles en sont folles et tous les garçons cherchent sa compagnie, voire sa protection. Charlie se colle dos contre le mur du couloir étroit menant de l’entrée à la chambre pour laisser passer l’éphèbe. L’étroitesse du passage oblige son impressionnant camarade à se coller lui aussi dos sur le mur opposé pour se faufiler, de profil, jusqu’à la chambre, en frôlant le ventre de Charlie. Loin de s’en formaliser, il s’excuse en souriant, puis demande à Nathalie : « Tu es bientôt prête ? On t’a réservé une place, avec Émilie, à la table du fond pour le dîner. Et ensuite… on va DANSER !!! - il esquisse quelques déhanchés de salsa - Je te préviens, tu as intérêt à assurer ! » Charlie est mortifiée d’avoir été un obstacle sur le passage de son beau camarade et se demande pourquoi elle ne l’a tout simplement pas devancé dans le petit couloir. Cette visite imprévue lui a fait perdre tous ses moyens et ses mains deviennent moites. Elle se donne une contenance en terminant de ranger ses vêtements et ose demander au jeune homme de quoi il retourne : elle n’a pas entendu parler de soirée dansante et se sent à nouveau un peu exclue, perdue.


Il s’avère que Monsieur Martin, le jeune professeur d’Histoire, toujours prompt à plaisanter et, manifestement, à faire la fête, est parvenu à convaincre ses deux collègues de laisser les élèves s’amuser jusque 23h30 dans une petite salle aménagée en discothèque au sein de l’hôtel. Le lendemain ne sera dévolu qu’au repos, à une petite conférence donnée par ses soins sur le programme du séjour – exposé qu’il a promis court mais efficace – et à la plage : aucune raison valable ne pouvait donc s’opposer à ce qu’il réserve le dancefloor de l’hôtel pour une petite soirée improvisée. Il s’était bien sûr proposé pour surveiller les élèves et s’était engagé à toutes et tous les rapatrier dans leurs chambres avant minuit. Les professeurs doivent annoncer cela durant le dîner mais Émilie a entendu Mattéo en parler à Kevin qui, surexcité, avait déjà averti tout l’étage des garçons. Certains élèves étaient donc déjà en train de s’apprêter pour la boum inopinée. Nathalie avait été avertie par un SMS d’Émilie en plein milieu des tensions qui avaient débuté l’installation dans la chambre. Elle n’avait donc pas encore eu l’occasion de prévenir Charlie de ce programme « surprise. »


Nathalie virevolte au milieu de ses robes, en semblant hésiter entre une robe rouge moulante assortie à un foulard à pois cramoisis sur fond blanc ou une robe bleue plus légère. Avec un regard de chatte, elle répond à Antoine qu’elle doit prendre une douche rapide et se changer et qu’elle sera prête dans une vingtaine de minutes. Charlie ne sait pas trop ni quoi penser ni quoi dire ni où se mettre durant la conversation des deux « canons » de la classe. Elle plie, déplie et replie ses jeans, déplace son sac plusieurs fois, s’imagine à une soirée improvisée ; puis pense qu’elle n’a peut-être pas été mise au courant volontairement pour être mise à l’écart, ensuite qu’elle aimerait y aller mais qu’elle risque de ne pas se sentir à l’aise… Ses sentiments et ses appréhensions se mêlent dans un chaos de plus en plus irrationnel et bousculé qui lui fait gargouiller l’estomac. Elle plaque ses mains sur son ventre en espérant que ses rondeurs n’ont pas servi de caisse de résonnance à ce bruit disgracieux. Il lui faudrait un cookie, juste un, peut-être deux, pour faire taire son corps et ses angoisses.


Antoine coupe court à ce tsunami de réflexions de plus en plus torturées : « Charlie, tu viendras aussi ? Ce serait cool que tout le monde soit là. Si tu veux, on peut même essayer de s’installer à la plus grande table pour le dîner. Je vais demander à Émilie qu’elle réserve des places pour nos chères Inséparables, Ludivine et toi, en plus de celles et ceux qui étaient déjà prévus. Et ensuite… on va DANSER ! » Il se remet à chalouper son corps de rêve. Charlie regarde Nathalie comme pour avoir son approbation. D’une part, elle ne la connaît pas encore vraiment et ne veut pas avoir la pesante impression de s’imposer, d’autre part, son instinct lui dit qu’une fille comme elle ne voudra jamais ni partager sa table avec elle, ni se montrer à une soirée en sa compagnie, et qu’elle va se faire rabrouer. Sa sœur Jennifer lui a toujours bien fait comprendre qu’une « grosse vache comme elle » n’avait rien à faire avec des « gens cool » et qu’elle refusait catégoriquement d’être vue avec elle « en société. » L’adolescente complexée se sent décontenancée. Nathalie lui sourit et répond à son air désemparé : « Qu’y-a-t-il ? Tu n’as pas envie de venir ? Il FAUT venir : ça va être terrible ! Mais il faut se dépêcher ! Allez, Antoine ! Oust ! Dehors ! Laisse les dames se préparer ! On te rejoint en bas dès que nous sommes prêtes. Ok, Charlie ? »


Torturant le tissu de son pyjama, Charlie semble hésitante. Elle confie à sa compagne de chambre qu’elle n’a pas l’habitude de ce genre de soirée et qu’elle a peur de ne pas se sentir à l’aise. Nathalie lui lance, alors qu’elle s’enferme dans la salle de bain pour prendre une douche rapide : « On ne te laisse pas le choix ! Tu viens ! Trouve quelque chose à te mettre, je te laisse la place dans la salle de bain dans quelques minutes. Je me dépêêêêche ! » Charlie trifouille les derniers vêtements encore à l’intérieur de son sac de voyage. En fin de séjour, il est prévu de longue date une petite soirée : elle a eu le temps de s’imaginer sur place longtemps à l’avance, les mésaventures, les insultes, les copines, tout... Pour l’occasion, elle avait pu économiser un peu d’argent de poche et était allée acheter, seule évidemment, une robe dans une boutique spécialisée dans les grandes tailles. Cette robe attend dans le fond du sac de voyage… violette, en tissu léger, un décolleté carré et une jupe évasée aux genoux. Encore faut-il oser la porter. La robe semble la narguer depuis le fond du sac de voyage inerte.

Choix 1

Charlie se fait belle malgré son appréhension

Choix 2

Charlie se rend à la soirée habillée comme à son habitude