Charlie 3

Elle préfère ne rien dire

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Malgré son envie de répondre à la blague aussi douteuse que l’hygiène capillaire de son camarade, Charlie se retient. Dans son for intérieur, elle pense « Eh bien, si on était partis en Mongolie, on aurait pu rencontrer toute sa famille, à ce débile ! » Comme souvent lorsque l’on est brimé méthodiquement, les réparties sont pensées mais non exprimées. Par ailleurs, aucun élève ne réagit, hormis Kevin, le voisin du misérable comique, qui se met à ricaner bêtement sans être certain d’avoir compris le jeu de mots – il était connu pour n’être pas très vif d’esprit. Charlie se réinstalle sur le bord de ses sièges afin de reprendre sa conversation avec les Siamoises. Ces dernières ont entendu la plaisanterie déplacée de Mattéo et se sentent gênées pour leur amie. Éléonore chuchote à Camille qu’il serait peut-être temps de « moucher ce débile profond » et le fusille du regard en se redressant à demi. Camille la retient en lui disant que, connaissant le loustic, cela ne ferait sans doute qu’envenimer les choses. Avec ce genre d’individu, l’indifférence est parfois la meilleure arme. Charlie leur assure que ce n'est pas grave, qu’elle a l’habitude et qu’effectivement il ne vaut pas la peine de créer des tensions supplémentaires. Éléonore continue à fulminer un moment en grommelant des injures et se promet que c’est la dernière fois qu’elle laisse passer les méchancetés de l’affligeant fanfaron. Pour couper court à cette discussion qui la met mal à l’aise, Charlie propose à ses amies de dessiner leurs portraits. Elle avait développé ce talent alors qu’elle devait attendre, dans les vestiaires des cours de danse de Jennifer, le retour de leur maternelle. Celle-ci profitait de ces quelques heures par semaine pour se débarrasser de « son petit cochon de lait » - petit surnom « affectueux » disait-elle – pour aller chez l’esthéticienne ou voir ses amies. Les Siamoises sont ravies de la proposition de Charlie et prennent la pose tout en papotant allégrement. Le calme revient alors rapidement.


Le reste du trajet se déroule plutôt bien malgré le mal des transports de Ludivine qui fait arrêter le bus en urgence deux fois pour vomir son déjeuner puis son goûter. Inévitablement, quelques disputes éclatent pour des raisons rapidement oubliées, même si une sombre histoire de jalousie entre deux jeunes filles persistera durant tout le séjour. Durant une courte pause destinée à se dégourdir les jambes, Charlie échange quelques mots avec Mattéo sans animosité aucune ni d’un côté ni de l’autre. Quand celui-ci ne persiste pas dans son rôle de plaisantin à l’humour mortifiant, il peut se montrer plutôt sympathique. Cela étant, Éléonore rappelle à son amie qu’il faut toujours se méfier d’un naturel qui revient au triple galop chez ce genre d’énergumène, et lui conseille de rester prudente pour ne pas être blessée à sa prochaine attaque aussi gratuite qu’impromptue.


Enfin, le voyage se termine après presque 24 heures de route. Les élèves se réveillent, s’étirent et un joyeux tumulte envahit rapidement l’autocar pourtant devenu depuis quelque temps un temple de la sieste et de la lassitude. Encore 15 minutes et l’hôtel sera en vue ! La professeure de français, une vieille fille revêche et sévère, souvent en désaccord avec le jeune et jovial professeur d’Histoire, prend le micro et réclame le silence. Après quelques appels au calme de plus en plus stridents, les adolescents se rassoient enfin pour écouter presque sagement l’annonce importante que leur enseignante doit faire. Il s’agit du système de répartition des élèves dans les chambres, sujet sensible s’il en est. Après avoir longuement délibéré, les professeurs ont décidé que la répartition se ferait par ordre alphabétique, les filles étant bien sûr séparées des garçons : un étage par sexe, chambre double pour les élèves dont les noms de famille se suivent. Les récriminations et supplications explosent : chacune et chacun avaient bien sûr déjà décidé de sa voisine ou son voisin de chambre dès l’annonce du voyage scolaire. Seules Eléonore et Camille sont épargnées : en bonnes sœurs siamoises que le hasard de l’alphabétique avait prédestinées à devenir inséparables, leurs noms de famille différent d’une seule lettre : la dernière. Charlie, comme souvent, a moins de chance. Nathalie, « Nathou » pour ses copines, sera sa colocataire de séjour.


Si la description de Jennifer a pu donner une idée de l’opposé de Charlie, celle de Nathalie a de quoi désespérer les plus vaniteuses. La jeune fille est belle, elle a du style (la « Nath Touch »), elle est svelte, elle plaît aux garçons, les filles l’adorent et, contrairement à Jennifer, elle est loin d’être sotte : elle fait partie des meilleures élèves de la classe. Par ailleurs, elle est, bien sûr, la « chouchoute » des professeurs. Charlie, qui pensait passer dix jours loin de celle qui lui rappelait chaque jour qu’elle était la petite grosse de la famille, va donc passer son séjour avec celle qui surpasse en tout son ainée soi-disant parfaite. Nathalie ne semble pas ravie non plus de ce coup du sort, mais certainement pas pour les mêmes raisons.


Dès la sortie du bus, elle fait signe à Charlie de la suivre afin de s’installer au plus vite : elle a une valise bien remplie et aimerait se « faire belle » avant de dîner. « Comme si elle avait besoin de SE FAIREbelle… », pense la pauvre Charlie mortifiée. Habituée à obéir sans rechigner, la ronde jeune fille suit sa camarade après avoir promis aux Siamoises de les rejoindre pour manger en leur compagnie. Une fois arrivées dans leur chambre, Nathalie inspecte les lieux avec soin. Il s’agit d’une petite pièce avec lits à étage, une salle de bain avec cabine de douche, et une armoire assez spacieuse pour ranger les affaires des deux occupantes. Pour le plus grand plaisir de Nathou (et le plus grand déplaisir de Charlie), un miroir en pied orne la porte de la penderie. Après son inspection de la propreté des lieux, Nathalie, qui n’a pas échangé plus de quelques phrases avec Charlie, se tourne vers elle et lui demande : « Au fait, cela ne te dérange pas si je prends le lit du haut ? »


Charlie se décompose. Elle décèle le double-sens de la question et la pique qui y est insérée. Si la menue Nathalie souhaite le lit du haut, c’est assurément parce qu’elle pense que, si sa camarade ventripotente s’y installe, il cèdera sous son poids ! C’est toujours ce que Jennifer a donné comme argument avec force de moqueries lorsqu’elles partageaient une chambre avec lit à étages. Sa sœur ajoutait, en sus, avec fiel, que sa cadette serait de toute manière incapable de grimper sur l’échelle : les barreaux ne seraient jamais assez solides pour soutenir une masse pareille. Pour enfoncer le clou et sa cadette, son ainée terminait généralement par une comparaison animalière d’une subtilité discutable : « les otaries étaient faites pour rester près du sol alors que les colombes devaient se tenir près du ciel. »


Charlie se perd dans ses pensées oppressantes en sortant rageusement ses affaires de son sac de voyage. Nathalie lui sourit, attendant une réponse, tout en rangeant soigneusement ses robes, ses shorts, et ses fameux foulards assortis à chacune de ses tenues qui, dans ses cheveux, lui donnaient un air de pin-up des années 40. « Alors ? Ca te convient ? Pourquoi tu ne réponds pas ? Si tu préfères celui du haut, je te le laisse, pas de souci… Mais réponds-moi ! Qu’est-ce que tu as ? »

Choix 1

Charlie ne veut pas se disputer avec Nathalie

Choix 2

Charlie décide de se confronter à Nathalie