Charlie 12

Charlie craint que cela soit une invitation piège et décide de rester seule dans la chambre

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Charlie finit par répondre à ses camarades en torturant un t-shirt entre ses doigts boudinés qu’elle cache dans le tissu martyrisé : « Je ne me sens pas trop bien, je vais rester dans la chambre et me reposer. C’est bon, vous pouvez y aller.» Antoine s’étonne : « Mais, tu viens même pas dîner ? Après ce voyage, je pense que ça te ferait du bien de manger un peu. » La sollicitude du jeune homme et les mots employés (« manger », « dîner ») la mettent à la torture… Évidemment, la grosse a besoin de se nourrir ! « Non, non, ça va aller, il faut juste que je me repose, je suis crevée. » Nathalie insiste en lui demandant si elle a au moins quelque chose à grignoter dans ses affaires et lui dit que, si jamais elle en a besoin, elle-même a deux barres chocolatées dans son sac à dos rouge, posé sur son lit. Charlie se sent humiliée : pourquoi donc insistent-ils comme ça ? Oui, elle a des paquets de gâteaux dans ses affaires mais elle ne leur avouera jamais.


De guerre lasse et constatant l’humeur maussade de leur camarade, les deux amis la laissent seule, ajoutant malgré tout que si elle souhaite descendre rejoindre la classe, elle sera la bienvenue. Charlie attend que Nathou et le bel Antoine s’éloignent avant de fermer la porte à clef. Elle se déshabille, regarde son reflet dans le miroir en pied de l’armoire puis se précipite dans la cabine de douche dans laquelle elle se met à pleurer à gros sanglots. Elle repense aux quolibets de Mattéo, aux remarques dont elle est la cible en permanence. Dans l’engrenage de ses noirceurs, elle imagine que tous les élèves devaient être au courant de cette soirée soi-disant improvisée et que personne n’a voulu de sa volumineuse présence.


Charlie a séché ses larmes et son large corps avec la serviette la plus grande, que Nathalie, soit par gentillesse, soit, plus certainement, comme une vexation supplémentaire, lui a évidemment laissée. Mais, oui, elle a besoin de la serviette la plus grande ! Cela la met en rage contre elle-même et contre sa compagne de chambre qui parade comme la Belle Hélène. Rapidement emballée dans son pyjama gris qui la recouvre tel une toile de tente hermétique aux orages de son propre regard, elle s’assoit sur son lit, attrape son sac à dos et en sort les divers paquets de gâteaux et sachets de sucreries. Bien sûr, elle a fait des réserves. Elle se doutait bien qu’elle subirait les assauts de ses fréquentes fringales incoercibles. Tout en se fustigeant moralement, elle ouvre le paquet de cookies au chocolat et dévore le premier en le fourrant entier dans sa bouche. Elle manque de s’étouffer entre les miettes qu’elle s’enfonce dans le gosier et un sanglot. Elle croque le second, et, sans s’en être rendu compte, le paquet est déjà terminé. Elle ne pense plus : elle recouvre son esprit de caramel, tapisse ses angoisses de bonbons, bâillonne ses frustrations de chocolat. La haine de se nourrir se mêle au plaisir de se combler de douceurs.


Soudain, son téléphone émet la sonnerie cristalline d’un SMS. Elle sort de sa torpeur gargantuesque pour attraper son téléphone. Camille lui demande si tout va bien et si elle a besoin de quelque chose : Antoine et Nathalie les ont prévenues qu’elle ne se sentait pas bien, aussi les Siamoises s’inquiètent-elles de ne pas l’avoir vue au dîner. Les deux amies se proposent de venir la voir et aimeraient la convaincre de venir s’amuser un peu à la soirée. Avec lassitude et exaspération, elle repose le téléphone, écran contre le drap, sans répondre. Les emballages de biscuits jonchent le lit. Avec empressement et honte, elle les ramasse frénétiquement pour aller les jeter. Une fois devant la petite poubelle de la salle de bain, elle s’arrête : Nathalie ne manquera pas de remarquer les reliques de son appétit fanatique. Il lui faut cacher les restes de son rituel irrationnel. Elle les bourre dans le fond de son sac de voyage et fait disparaître toutes les miettes éparpillées sur le lit. Juste à temps avant d’entendre la porte de la chambre se déverrouiller ! Charlie en est tremblante : si Nathalie l’avait surprise au milieu de son banquet de la honte, elle se s’en serait jamais remise.


L’élégante Nathou entre avec précaution dans la chambre et l’appelle doucement. « Charlie ? Je peux entrer ? » Charlie se réfugie sous ses draps et marmonne que c’est sa chambre également et qu’elle peut bien sûr entrer. Nathalie, toujours aussi menue dans sa robe rouge moulante, le ventre toujours plat même après le dîner, s’approche de sa compagne de lit et s’assoit sur le bord du lit. « Excuse-moi de te déranger, je ne savais pas si tu dormais, mais, comme tu n'es pas venue dîner, Madame Lacroix voulait venir voir comment tu allais. Tu connais la prof de français… Je lui ai dit que m’occupais d’aller prendre de tes nouvelles. Eléonore était d’accord avec moi pour penser que tu préfèrerais que ce soit l’une d’entre nous qui passe te voir. Lacroix aurait voulu faire venir un médecin et ça aurait été toute une histoire ! » Charlie se redresse, étonnée de la sollicitude, apparemment sincère, de sa compagne de chambre. « Mouais… Ca va, t’inquiète… C’est juste que… Pfff… J’suis fatiguée… » Les larmes lui montent aux yeux et l’interrompent. Nathalie lui pose la main sur le bras et lui demande ce qui ne va pas. Charlie ne parvient pas à lui faire confiance. Elle préfère lui dire que ça va aller, qu’elle a juste besoin de repos. « Ok, bon, écoute, il est encore tôt, la fête se termine seulement dans deux heures. Si jamais tu changes d’avis, viens nous rejoindre : c’est sympa comme tout et Monsieur Martin danse comme un fou sur la piste, c’est à mourir de rire ! Je te laisse, tu as ton téléphone de toute façon, si jamais tu as besoin de quelque chose, envoie un SMS. Repose-toi bien, je ferai attention de ne pas faire trop de bruit en rentrant. » Nathalie éteint la lumière et repart. Charlie ne sait pas quoi penser. Elle a tellement l’habitude d’être rudoyée que la paranoïa l’envahit généralement au moindre propos qu’on lui adresse : elle ne sait plus reconnaître le mépris et la sincérité. Epuisée par cette journée et toutes les émotions qui l’ont submergée, elle finit par s’endormir.


Demain, c’est journée plage…

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scénario par

Tristan, Perrine, Pauline, Charlotte, Maëlle, Louna, Justine

avec le soutien de

la documentaliste du collège Jacques Gruber Maya YASRI.

mise en texte

Apolline Marie HUIN

illustrations

Benjamin BERTHOLIN