Capucine 3

Capucine refuse de jouer au sport collectif et reste seule dans la cour

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Le groupe de petites filles semble tellement absorbé par leurs enchaînements de pas de danse que Capucine renonce à aller les rejoindre. Elle se sent très intimidée par cette école pourtant bien plus petite que celle qu'elle a quittée. Les différences d'atmosphères, de jeux, de comportements des enfants tant en classe que dans la cour, les vêtements qu'ils portent alors qu'il n'y a pas de cours de sport... Tout cela la perturbe beaucoup... Elle se sent comme le vilain petit canard du conte alors qu'elle s'était faite toute belle pour faire bonne impression.


La récréation ne dure pas très longtemps : elle se dit qu'elle peut tout à fait attendre patiemment la sonnerie annonçant la reprise des cours. Assise sur un banc près de la porte du bâtiment, elle observe les enfants qui jouent au basket, se courent après en criant ou, pour les plus petits -les CP - font du toboggan ou s'évertuent à grimper dans la cage à écureuil situé au fond de la cour. Ce n'est que son premier jour, elle arrive en cours d'année. Aussi se raisonne-t-elle, et finit par se dire qu'elle se fera sans doute des amis progressivement. De toute façon, elle a toujours un livre et un cahier de dessin dans son sac : elle pensera à les prendre avec elle lors de la récréation de l'après-midi pour passer le temps. Comme elle est fille unique, elle sait s'occuper et s'amuser toute seule. Cela ne lui a jamais posé de problème. Bien sûr, lorsqu'elle habitait dans la banlieue parisienne, elle avait plusieurs très bonnes copines qu'elle pouvait voir les samedis après-midi ou pendant ses cours de danse classique et de GRS. Soudain, ses amies lui manquent beaucoup. Elle se promet de téléphoner à Amélie le soir-même afin de lui raconter cette étrange - et désagréable - rentrée. Heureusement, la maîtresse est vraiment super : elle explique tout de manière claire, et, si elle semble assez stricte, elle est aussi assez rigolote et sait faire rendre ludiques certaines leçons qui auraient pu être rébarbatives.


Les jours puis les semaines passent. Capucine prend l'habitude de faire des dessins ou de lire, assise sur son banc près de la porte, toute seule. Louane continue à être gentille avec elle, et les deux fillettes ont pris l'habitude de bavarder le matin avant l'entrée en classe, mais sa camarade a cessé de lui demander de se joindre à elle pour jouer avec elle et ses camarades devant ses refus obstinés. D'autres enfants se montrent agréables et lui témoignent de la sympathie, comme Maxime, le meilleur ami de Louane, ou Clémentine qui fait du patinage artistique. Mais, contrairement à la plupart de ses camarades, Capucine ne se sent vraiment aucune envie de participer aux jeux de balle ou aux courses-poursuites. Le temps passant, les progrès du groupe de danseuses ont eu raison de ses velléités d'intégration du petit collectif de K-pop. Aussi reste-t-elle à l'écart des autres lors des récréations. Les institutrices de l'école, inquiètes de la voir ainsi isolée, l'ont encouragée plusieurs fois à aller rejoindre les autres mais Capucine leur a assuré qu'elle était bien avec ses crayons et ses romans de la Comtesse de Ségur - son engouement littéraire du moment.


Ayant été un sujet de curiosité, dès le jour de la rentrée, à cause de ses vêtements et de son attitude de première de classe arrivée de la capitale, elle fut rapidement cataloguée par certains comme une petite pimbêche - euphémisme dont elle n'a pas voulu répéter le mot exact à ses parents, un mot interdit pour les enfants car très gros ! - ou comme une originale ayant peut-être un problème mental - euphémisme toujours - pour venir ainsi déguisée en princesse tous les jours. Capucine est parfois butée, et lorsqu'elle est confrontée à des critiques qu'elle juge absurdes ou injustes, elle campe sur ses positions : elle ne changera pas son style vestimentaire qu'elle aime et qui, finalement, la définit encore plus ici que dans son ancien environnement. Elle aime les robes, les jupes, les jolis vêtements, elle n'a donc aucune intention de venir vêtue comme si l'école était un gymnase ! Cette différence qui l'isole des autres, notamment lors de leurs jeux, devient son identité, et elle ne souhaite pas s'en départir même si la tentation de ressembler aux autres la tenaille parfois. Son modèle de beauté et d'élégance, c'est Louise, sa maman : elle est si belle dans ses toilettes lorsqu'elle se rend à des dîners avec ses collègues ou à des vernissages dans des musées et galeries d'art ! Même lorsqu'elle va travailler à l'hôpital, Louise est bien habillée, maquillée, coiffée d'un chignon impeccable. Sa maman est et restera son exemple. Si elle doit rester isolée parce qu'elle souhaite rester apprêtée, tant pis ! Et puis l'institutrice l'aime beaucoup (il faut ajouter ici que l'institutrice en question n'a eu que rarement des bulletins de notes aussi excellents, Capucine étant d'ailleurs en avance sur le programme enseigné dans sa nouvelle classe).


Bien sûr, être différente et vouloir le rester a aussi des inconvénients parfois blessants, voire menaçants. Plusieurs fois, alors que les institutrices étaient en réunion durant une récréation, Kevin, Ludo et quelques autres garnements s'en sont pris à elle : ils lui avaient dérobé son livre - Les Malheurs de Sophie - et se l'étaient lancé les uns aux autres alors qu'elle tentait vainement de le rattraper, courant désespérément après l'ouvrage au milieu d'un cercle qui permettait de faire durer le supplice, tout en excluant les autres enfants de la scène, leur interdisant toute intervention sous peine de représailles. Depuis ce jour-là, ils l'appelaient Soso la Bourgeo, tentative inepte pour la ridiculiser. La couverture de son livre avait été abîmée et une empreinte de basket sale maculait l'une des pages. Elle avait récupéré son trésor en essayant de ne pas pleurer et n'avait parlé à personne de l'incident. Aucun élève n'avait cherché à la défendre. Louane et Maxime étaient venus la consoler, mais seulement après que les mauvais sujets s'étaient enfuis en ricanant. Capucine se dit qu'ils finiront par se lasser et qu'elle est en CM2 : encore quelques mois et elle ira au collège en section arts plastiques, elle sera ainsi débarrassée d'eux.


A l'opposé de ces comportements agressifs, quelques petites filles de différentes sections étaient venues la voir un jour qu'elle portait dans ses cheveux des barrettes ornées de fleurs. Le lendemain, elle en avait offert une à chacune des fillettes qui avaient trouvé sa coiffure "trop belle !" Elle en avait une boîte pleine, et il lui avait semblé important de faire ce geste envers les autres filles de l'école pour démontrer qu'elle n'était pas une "mijaurée méprisante" - euphémisme toujours. Elle avait alors sympathisé avec certaines de ses camarades, souvent plus jeunes qu'elle, mais très gentilles et curieuses. Elle avait pris l'habitude, lorsqu'elle avait terminé de lire un récit, de raconter à ce petit groupe d'enfants curieuses les aventures de Camille et Madeleine, les héroïnes récurrentes de la série de romans de la Comtesse de Ségur qu'elle s'employait à lire dans sa totalité. Les petites de CP et CE1 l'écoutaient, assises autour d'elle, avec attention, et riaient parfois de bon cœur du mode de vie désuet des personnages. Elle avait également commencé à leur apprendre comment réaliser de jolis bracelets de perles au tressage un peu compliqué. Malheureusement beaucoup des fillettes, préférant aller se défouler en jouant à chat avec les garçons de leur classe, n'avaient pas eu la patience de terminer leurs ouvrages et les avaient laissés entre les mains d'une Capucine promettant de les terminer pour les leur remettre. Nonobstant ces rares moments de partage souvent éphémère, elle reste donc seule la plupart du temps. Elle ne se plaint pas, vivant cette situation avec patience et dignité. Tant que les malandrins de la bande de Kevin ne viennent pas l'importuner, tout est supportable.


Peu après la rentrée des vacances de Pâques, le soleil se montre généreux et, pour le plus grand bonheur de la majorité des élèves de l'école "Nadia Boulanger", les récréations peuvent alors se dérouler dans le pré situé derrière la cour de récréation. Si le basket est abandonné, le foot et le volley peuvent reprendre dans ce grand espace ouvert. Capucine en est ironiquement ravie : encore des ballons dangereux et des gamins qui vont sentir la transpiration en classe jusqu'à la fin de la journée ! Les jeux de loup ou chat perché reprennent également de plus belle. Cependant, comme le sol est herbeux et tendre, beaucoup d'enfants s'essayent également à quelques acrobaties : concours de roues et poiriers sont organisés sous le regard vigilant des maîtresses qui doivent parfois soigner quelques genoux et paumes de mains écorchés. Capucine, qui pratique la danse classique depuis ses cinq ans et a pratiqué la GRS pendant quatre ans avant son déménagement, assiste à ces ébats et aux rires avec envie. Elle aimerait, à présent, se joindre à ses camarades mais, habillée en petite fille modèle - et se refusant obstinément à venir à l'école en tenue de sport -, elle ne peut décemment pas tenter un enchaînement de gymnastique : elle se retrouverait jupe par-dessus tête !

Choix 1

Capucine prend la décision de venir à l'école en tenue décontractée

Choix 2

Capucine continue à s'isoler, préférant rester habillée en robe malgré son envie de rejoindre les jeux des autres enfants