Capucine 15

Exaspérée par l'ambiance turbulente de son école, elle refuse de s'intégrer

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Enfin dans le couloir de l'école à la recherche de Madame Laquel, Capucine et Maxime entreprennent laborieusement de longer le couloir. La fillette avance en claudicant, soutenue par son camarade, lui-même rendu maladroit par les deux cartables qu'il a à porter et à traîner. Ils dépassent le groupe de Kevin et ses amis, toujours aussi bruyant et agité. Alors que Maxime multiplie ses efforts pour faire sourire la petite fille, Kevin se met à brailler : "Soso la Bourgeo, elle est toute crado !!!" L'insulte - dont l'auteur est manifestement particulièrement fier au vu du sourire qu'il arbore - est ensuite scandée en chœur par ses acolytes, toujours prêts à chahuter les enfants les plus fragiles. Capucine est mortifiée. Elle tente de boiter plus vite tandis que la maîtresse sort de la classe pour imposer le silence et voir ce qui se déroule encore dans le couloir. Elle aperçoit son élève se mordant la lèvre pour s'empêcher de pleurer, écorchée et boitillante, accrochée au bras de Maxime qui fusille le groupe de gamins mal élevés du regard. Avec douceur, la maîtresse soigne Capucine à l'infirmerie puis, avec fermeté, gronde Kevin, Ludovic et les autres garnements en tort et leur donne une punition.


Retrouvant sa fille en fin d'après-midi, Pascal est rejoint par sa fille et Madame Laquel qui porte son cartable afin de soulager les paumes de mains abîmées de l'enfant. Elle explique l'incident au papa inquiet. Une fois à la maison, la fillette raconte à ses parents comment Maxime, bousculé violemment par Kevin et ses amis, l'a fait tomber. Elle parle également des excuses et de la gentillesse de son camarade mais n'évoque pas son invitation à venir prendre le goûter chez lui. En revanche, elle revient sur la bande de Kevin et son comportement turbulent, souvent brutal, tant dans les gestes que les mots : "C'est typique des garçons ! Ils sont toujours méchants et mesquins ! A part papa évidemment... Et Maxime... et peut-être son copain Adrien... Mais, sinon, ils sont toujours à crier, courir partout, se bagarrer et insulter les autres. Je les déteste ! Et, franchement, je ne comprends pas les filles qui s'amusent avec eux au risque de se prendre des ballons dans la figure, puis reviennent en classe en sentant la transpiration, et qui rigolent de leurs blagues débiles. Les filles de l'école sont toutes des garçons manqués ou trop jeunes pour tenir une vraie discussion." Louise est tellement désolée de voir sa fille si mal dans sa nouvelle école, elle ne pensait jamais que les choses se dérouleraient ainsi.


Le lendemain, Maxime réitère joyeusement son invitation après avoir rattrapé Capucine dans l'allée de l'école afin de l'aider à tirer son cartable. La petite fille lui sourit timidement en disant que, si elle a bien accepté ses excuses et compris qu'il n'était pour rien dans sa chute, elle n'était pas sûre de pouvoir venir chez lui. Elle donne l'excuse de ses parents qui ne seront sans doute pas d'accord. Il lui demande comment elle va et si ses plaies commencent à cicatriser sans trop lui tirer sur la peau. Encore une fois, il se montre vraiment très prévenant ce qui touche Capucine presque prête à se laisser charmer et à accepter son invitation car elle est en fait certaine que sa mère se montrerait enchantée de la savoir enfin conviée chez un enfant de son école. Alors qu'il vante les mérites de Caramel, sur point de lui répondre, elle est à nouveau bousculée par Kevin qui crie en les dépassant "Alors Soso la Bourgeo, tu vas encore pleurnicher aujourd'hui ? Comme la Sophie de ton livre, là, Les Malheurs à Sophie ? Hahahahaha !" Capucine en a marre. S'en est trop. Elle s'arrête, et, empourprée, elle se lance après son vilain camarade : "Le titre c'est : Les Malheurs DEEEE Sophie !! On dit pas les "malheurs à" quand on sait parler correctement ! Même quand tu parles, tu fais des fautes ! Il te faudrait un correcteur automatique intégré à toi !" A son grand dam, elle s'est emportée et donnée en spectacle. Écorcher son genou, c'est une chose, mais écorcher le titre d'un roman de la Comtesse de Ségur, c'en est une autre. Les autres élèves sont sidérés face à sa colère soudaine : certains la regardent comme si elle était folle, d'autres ricanent, quelques-uns lui sourient - mais ils peuvent se compter sur les doigts d'une main, et elle ne sait pas si c'est par pitié. Décidément, elle ne se sentira jamais bien dans cette école, elle le sent au plus profond d'elle-même et n'a même pas envie de faire l'effort de s'intégrer. Maxime et Louane se montrent très gentils avec elle mais ils ne l'intéressent pas vraiment, seule la maîtresse trouve grâce à ses yeux. Pendant plusieurs jours, Maxime tente de la convaincre de venir s'amuser avec lui et ses amis, de venir voir le lapin de sa sœur chez lui ou porte de l'intérêt à ce qu'elle lit. Devant ses refus systématiques, il abandonne et la laisse, navré, à ses devoirs, ses livres et ses dessins.

Un beau matin de mai, durant la récréation, la maîtresse de Capucine est particulièrement pensive. Elle regarde en soupirant la petite fille assise sur le banc près de la porte du bâtiment, obstinément seule malgré tous les efforts de Maxime ou Louane, malgré les siens et de ceux des intervenants périscolaires pour la faire jouer avec ses camarades. Elle confie à la maîtresse de CE1, venue la rejoindre sur le perron, qu'elle était en train de se faire la réflexion qu'elle n'avait jamais vu d'enfants misopaides mais que Capucine pourrait bien être la première ! La petite a toujours refusé les jeux proposés par ses camarades, qui ont d'ailleurs décidé de l'ignorer, et fronce le nez dès qu'elle est dans l'obligation de travailler en groupe ou de participer à une activité la mettant en contact avec d'autres enfants. En vingt années de carrière, elle n'avait jamais vu de bambins s'enfermer ainsi dans des préjugés aussi butés - et sexistes ! - et une solitude aussi volontaire. Elle espère que la petite fille parviendra, au collège, à s'ouvrir aux autres et pourra grandir en se faisant des amis, filles ou garçons.

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scénario par

Lou B., Manon, Matthéo, Lauréline, Maëlisse, David G., Maëlyne, Flavian, Martin, Ethan, Eliya, David M., Lou M. Lucile, Maylie, Anaïs, Gabriel, Cassie, Léa

avec le soutien de

la professeure de l’école élémentaire d’Allamps Julie MAILLARD

mise en texte

Apolline Marie HUIN

illustrations

Constance HUIN