Ambre 8

La solidarité

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Refoulant son sentiment de honte, ma mère alla frapper à la porte de nos voisins et amis. Elle tint à ce que je l’accompagne pour me responsabiliser. Tout d’abord, nous nous rendîmes chez sa meilleure amie, Monique, qui s’était toujours montrée attentionnée et présente lors de toutes nos épreuves. Celle-ci nous proposa immédiatement de nous remettre de quoi manger décemment ainsi que des produits d’entretien : elle venait de se faire livrer ses courses pour les deux semaines à venir et elle avait donc de quoi nous aider. Bien qu’elle nous dît nous offrir tout cela de bonne grâce sans attendre quoique ce soit en retour, nous ne voulions pas demander la charité et, comme je me sentais penaude et fautive, je proposai de moi-même de me rendre utile en contrepartie de son aide. Nous convînmes alors que je viendrais, en fin de journée, l’aider pour ses tâches ménagères.


Ce soutien ne pouvait malheureusement pas suffire en cette période de rentrée notamment pour tout ce qui touchait à mes vêtements trop petits et mes fournitures scolaires. Nous nous rendîmes chez Eric et Sandrine, un couple de jeunes parents avec qui ma mère avait rapidement sympathisé quelques années auparavant. Nous savions que la nièce de ce couple, Léanne, que je connaissais un peu de vue, était partie faire ses études à Paris. Peut-être, avait-elle laissé chez ses parents quelques cahiers et stylos pour m’aider à m’équiper pour mon entrée en seconde ainsi que des effets à prêter, sinon à donner, afin de me permettre d’être correctement vêtue. Pendant qu’Eric préparait un café à ma mère et me proposait un soda, Sandrine téléphona à sa sœur qui lui dit que sa fille avait effectivement laissé vêtements, feuilles et autres classeurs chez elle et qu’elle les donnerait avec plaisir au vu de la situation. Léanne s’habillait vraiment bien et je fus tellement heureuse de pouvoir bénéficier de ces quelques sacs de vêtements ! Pour remercier cette famille, je me proposai de garder Juliette, leur petite fille de 3 ans, lorsque le couple en aurait besoin.


Les amies de ma maman firent preuve de beaucoup d’humanité et de solidarité. Cela me permit de me rendre compte de la valeur de l’argent et des efforts fournis par ma mère pour nous permettre de vivre le mieux possible. Comme Eric et Sandrine me donnèrent un peu d’argent après chaque séance de baby sitting, alors que je pensais que c’était moi qui leur devais quelque chose au vu de tous les beaux vêtements que je reçus grâce à eux, je décidai d’économiser une partie de ce que ce qu’ils me donnèrent afin de m’acheter des vêtements par moi-même ainsi qu’un petit cadeau pour Léanne. Par ailleurs, je mis, à chaque fois, 5€ dans notre tirelire prévue pour l’argent destiné aux courses alimentaires. 


  Après cette histoire, je me sentis devenir responsable et cela me redonna de l’estime et de la confiance en moi : mon frère, qui travaillait également après ses cours, ma mère et moi étions courageux et n’avions pas à rougir de notre situation. Les amis de ma maman nous prouvèrent qu’être dans le besoin n’était pas une tare, que la bienveillance pouvait permettre de bénéficier de solutions durables et qu’il n’était pas normal de se sentir humilié ou moqué.

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scénario par

Pauline, Jules, Alice, Justin, Charlotte, Guillaume

avec le soutien de

ATD Quart Monde

mise en texte

Apolline Marie HUIN

illustrations

Franck Thouvenot